Un peuple corps du Christ

Partager un repas, manger ensemble, cela suppose une certaine connivence, un minimum de familiarité et un début de communion entre convives ; cette communion est d’ailleurs appelée à se renforcer au cours du repas. Manger ensemble manifeste une qualité de relation plus intense qu’une poignée de main. D’ailleurs, nombreux sont les verres de l’amitié et les repas de fête organisés précisément pour exprimer et faire exister le lien qui unit des personnes ou des groupes. Toutes ces formes de repas sont autant de manifestations d’alliance. Notre existence quotidienne en est tissée, car nous avons sans cesse besoin de vérifier et de faire exister les alliances qui nous unissent à d’autres, et sans lesquelles nous serions comme perdus sur des îles lointaines.

La solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ nous manifeste que Dieu nous invite depuis les premiers jours et qu’il brûle du désir de faire alliance avec nous, ses enfants. Les lectures de cette fête montrent aussi combien il s’est adapté à nos cultures, qu’il a d’ailleurs fait évoluer. Jadis, dans ces peuplades sémitiques qui égorgeaient, sans état d’âme particulier, quantité de béliers, agneaux, et taureaux, et les sacrifiaient en s’aspergeant de sang, Dieu acceptait ces demi-portions d’animaux, dont le partage signifiait l’Alliance et la communion. Dans notre culture, le sang versé évoque au contraire l’accident et l’opération. Nous sommes plus que méfiants devant le mélange des sangs, en raison de nos habitudes d’hygiène et de notre connaissance des groupes sanguins. Tout cela nous rend allergiques à ces antiques rites de sang, si fréquents pour exprimer l’ancienne Alliance. Mais Dieu lui-même a tourné la page et c’est un repas qu’il nous offre pour nous manifester son Alliance.

La fête de ce jour nous révèle que le pain et le vin de l’eucharistie sont le signe que Dieu fait alliance avec nous, son Peuple, son Église. Même si l’hostie reste parfois d’une éclatante blancheur, il n’empêche : c’est un pain brisé, c’est un vin versé. Brisé en signe du corps frappé et crucifié, versé en signe du sang répandu pendant la passion, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Mais pain eucharistié, rompu et partagé pour faire notre unité, avec Dieu et entre nous ; vin eucharistié, bu à la même coupe, pour nous lier dans l’unique Alliance, celle de Dieu avec son peuple. Au sortir de la célébration, nous serons le peuple corps du Christ, porteur du Christ : par nous le Christ veut agir dans notre monde pour se faire connaître, pour établir une relation, pour faire Alliance.

Source et sommet de la vie chrétienne, l’eucharistie est le rassemblement par excellence qui dit aux croyants qui ils sont et ce qu’ils sont appelés à devenir toujours plus : le Corps du Christ !

Père Christophe Chatillon