Un bonheur au coeur du réel

Au cœur de la nuit retentit une bonne nouvelle : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. » La naissance de Jésus est pour tous une source de joie. Être son disciple, c’est croire à une bonne nouvelle, c’est accueillir une joie. Mais de quelle joie parlons-nous ?

Le bonheur est parfois synonyme d’évasion. Il nous arrive de penser à la joie de nous échapper du quotidien et de partir en vacances, d’oublier nos soucis, de trouver des passions ou des loisirs qui, enfin, nous permettront de respirer. Le réel est alors perçu comme pesant, cruel, lourd. Il faut s’en libérer. Il est vrai que la vie quotidienne peut réserver son lot de contrariétés et de souffrances : douleurs physiques ou morales, stress, fatigues, querelles, préoccupations, tourments, tiraillements… Pour être heureux, il faudrait donc fuir ce monde trop lourd et se réfugier dans un monde chimérique, un monde de rêves. Si j’emprunte ce chemin, je ferme les portes et les fenêtres de ma maison pour ne plus voir ce qui m’agresse ; peut-être que je m’inventerai une autre vie, virtuelle : autour de nous, nombreuses sont les possibilités qui permettent de ne plus penser et de s’échapper. Noël est l’affirmation qu’une joie s’incarne au cœur du réel. Dieu s’est fait chair. Dieu s’est fait homme. L’amour de Dieu, sa paix, sa joie sont inoculés au cœur du réel. Désormais, l’absolu se laisse découvrir à travers l’épaisseur de notre humanité. Plus besoin de s’évader, le bonheur est près de moi.

Nous pensons parfois aussi que pour être heureux, il faut devenir fort. La faiblesse, la fragilité est alors perçue comme un défaut, une imperfection à éliminer. Dans un monde de compétition et de concurrence effrénée, seuls les puissants peuvent subsister. Noël est l’affirmation que la véritable puissance se déploie dans la faiblesse. Dieu se fait enfant. Son palais est une étable. Sa cour est composée non de personnages illustres et connus, mais de pauvres et d’exclus. Aimer, c’est accepter de devenir vulnérable et fragile. Aimer, c’est prendre le risque de se dépouiller. L’amour qui, selon l’évangile, est la véritable puissance de ce monde, avance masqué. On pourrait croire que, dans ce monde impitoyable, l’amour n’a aucune chance. Pourtant, depuis le matin de Pâques, nous savons, nous croyons que même la mort ne peut lui résister.

Nous pensons enfin que le bonheur doit être immédiat, fulgurant, flamboyant. Il est alors celui des paillettes, du « bling-bling » ou du coup de foudre instantané. C’est un bonheur qui s’étale et s’exhibe. Noël est la révélation d’un bonheur profond, mais caché et discret. Avant d’annoncer la Bonne Nouvelle au monde, le Christ se « cachera » 30 ans à Nazareth, un petit village obscur. La joie qu’il partage devait d’abord lentement s’enraciner. Sa joie est profonde, solide, ancrée dans ce qu’il a de plus intérieur. Une joie que rien ni personne ne pourra plus lui arracher.

Noël, un bonheur au cœur du réel, un bonheur réservé à celles et ceux qui acceptent d’être fragiles, un bonheur profond, intérieur que rien ne peut nous enlever. Au milieu des lumières scintillantes et de l’ambiance parfois féérique qui entourent ces jours de fête, pourrons-nous découvrir ce nouveau-né, emmailloté et couché non plus dans une mangeoire, mais au cœur de notre vie ?

Belles fêtes de Noël à toutes et à tous !

Christophe Chatillon
Curé de la 
Paroisse Orléans Coeur de Ville