Témoins de la Miséricorde

Depuis le matin de Pâques, la liturgie nous propose de méditer les différentes rencontres du Ressuscité : lundi avec les femmes qui se rendaient à Jérusalem, mardi avec Marie-Madeleine, mercredi avec les disciples d’Emmaüs, jeudi avec les onze Apôtres, vendredi avec Simon-Pierre et quelques disciples sur le bord de la mer de Tibériade, et ce dimanche – Dimanche de la Miséricorde – avec les disciples et Thomas.

En cette Octave de Pâques, il est bon de réentendre que chaque rencontre avec le Ressuscité fait passer de la peur à la paix, du doute à la foi, de la tristesse à la joie. Et que cette joie est si grande qu’elle pousse tous ceux que Jésus rencontre à devenir témoins pour les autres.

Regardons d’abord Marie-Madeleine qui va devenir la première témoin de la résurrection. Elle avait comme un noeud au-dedans d’elle, le noeud de l’angoisse et de la peur de vivre, le noeud de la culpabilité et de la faute. Elle a croisé le regard de Celui qui l’aime pour ce qu’elle est, sans la juger. Le noeud est délié, Marie-Madeleine est pardonnée. Elle se regardait et se croyait laide et moche. Sa vie n’avait pas de sens, pas d’avenir. Renfermée sur elle-même et ses problèmes, elle s’est tournée vers Celui qui l’accueille et la respecte. L’avenir est ouvert, Marie-Madeleine est libérée.

Ensuite, il y a Cléophas et l’autre disciple qui rentrent de Jérusalem à Emmaüs où ils vivent. Comme tous les bons juifs, ils étaient allés en pèlerinage au Temple pour la fête de la Pâque. A coup sûr, ils avaient cherché à voir ce prophète qui faisait courir les foules, celui dont on causait dans tous les troquets de la ville et dont le nom était sur toutes les lèvres en ce printemps de l’an 33 : Jésus de Nazareth. Ce soir-là, Cléophas broie du noir. Il rentre chez lui fatigué, abattu, affligé, pas bien dans sa peau, la tête remplie de souvenirs qui tantôt lui soulèvent le coeur, tantôt rendent sa marche lourde et pesante, tristes souvenirs d’espoirs déçus. Comme un aveugle, il ne voit plus clair dans sa vie, meurtri par l’épreuve du vide, de l’absence, d’une histoire qui n’a plus de sens. Il avait tant espéré de cette rencontre avec cet homme qui touchait les coeurs et passionnait les foules. C’est alors qu’un inconnu vient les rejoindre sur la route. Cléophas et son copain racontent. Ils se racontent. Ils confient leur histoire et partagent leur espoir. Et soudain, c’est le déclic… Ils le reconnurent. Le livre s’est ouvert. Ils ont lu et relu le livre de leur vie, guidés par l’inconnu qui marchait avec eux. Ils ont compris, ils voient, ils croient, ils marchent, ils courent, ils volent et c’est la joie, la joie de Pâques.

Enfin, il y a Thomas. Thomas est l’un des Douze. Ses copains l’ont surnommé le Didyme, ce qui signifie le Jumeau. Peut-être Thomas faisait-il tout comme Jésus ? Il parlait comme Jésus, il marchait comme jésus, il mangeait et buvait comme Jésus, il priait comme Jésus… Si Thomas était ainsi profondément attaché à Jésus, on comprend le choc de la séparation. La mort de son ami l’atteint au plus profond de lui. Elle est déchirure, arrachement, blessure à vif. Thomas quitte la bande des copains, il s’isole et s’enferme pour pleurer l’ami qu’il vient de perdre. Ce n’est pas chez lui un manque de foi comme on le dit parfois. Au contraire, il reste si attaché à Jésus qu’il souffre de la souffrance de celui qu’il aime. Aucun témoignage, aucune parole ne peut plus le toucher. Après avoir ouvert les verrous de la peur des autres disciples, Jésus ouvre le verrou de la souffrance de Thomas. C’est en contemplant les plaies du Christ que Thomas ose croire. Sa foi ne gomme pas la souffrance comme par un coup de baguette magique. C’est au coeur même de sa révolte qu’il croit. Être comme Thomas, c’est d’abord souffrir avec celui qu’on aime et pleurer avec celui qui pleure.

Quel bonheur d’entendre ces récits tout au long de cette semaine ! Marie-Madeleine, Cléophas et Thomas, trois compagnons de marche qui ont fait l’expérience de la Miséricorde du Ressuscité. Laissons les nous prendre par la main, nous raconter leur histoire, nous témoigner que le jaillissement du Ressuscité dans leur vie a été pour chacun d’entre eux source de Paix et de Joie, et qu’il en est de même pour chacun et chacune d’entre nous. Ne doutons pas de cela : le Christ est ressuscité ! Il est là, avec nous pour toujours !

Christophe Chatillon
Curé de la 
Paroisse Orléans Coeur de Ville