Ta foi t’a sauvé !

Jésus pose à Bartimée la même question que celle qu’il avait déjà posée à Jacques et Jean dans l’évangile de la semaine dernière : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Jacques et Jean avaient alors manifesté leur désir de siéger à gauche et à droite de Jésus quand il serait dans la gloire. La réponse de Bartimée est bien différente. Il n’est plus question de recherche de places d’honneur et de pouvoir, mais le simple désir de voir : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »

Jacques et Jean ne pouvaient pas cacher un certain orgueil, celui sans doute de se croire supérieur aux autres disciples, se considérant sans doute plus méritants ou plus compétents. Ce pauvre aveugle, ce mendiant, cet homme assis dans la poussière au bord de la route se sent au contraire dans le fond du trou. La ville de Jéricho se situe 300 mètres en-dessous du niveau de la mer. Sa situation géographique est comme un reflet de la situation physique et sociale de cet homme rabroué par la foule. Dans le fond du fond, il ne peut que crier « Fils de David, Jésus, prends pitié de moi ! ».

Le cri peut être salutaire. Pensons au nouveau-né qui pousse son premier cri en venant à la vie. Le cri jaillit du fond de l’être. Il est spontané. Il n’a que faire du quand dira-t-on. Il exprime la peur, la souffrance, mais parfois aussi la joie et l’émerveillement. Les psaumes sont souvent des cris. Des cris de désespoir comme le psaume 22 repris par Jésus sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » ou des cris de bonheur comme le psaume de ce jour « Quelles merveilles le Seigneur fit pour nous. Nous poussions des cris de joie ». Quand la prière devient un cri, elle englobe toute la personne, l’esprit et le corps, elle est la fenêtre de l’âme. Apprenons à crier vers Dieu ! Apprenons à crier avec tout notre cœur.

Dans le cri de Bartimée, Jésus a reconnu son immense foi : « Va ta foi t’a sauvé ! » Jésus ne peut résister à cette humble confiance. Par trois fois, il nous est dit que Jésus appelle Bartimée. Cet homme plongé dans l’obscurité, au fond du trou, entrevoit enfin la lumière et renaît à l’espérance.

Ne sommes-nous pas tous un peu aveugles, enfermés dans nos obscurités, nos doutes, nos peurs, nos angoisses, incapables de voir le chemin qui s’ouvre pourtant devant nous ? Avec Bartimée, osons la confiance. Cette confiance active qui le fait bondir et courir vers Jésus. Osons crier notre révolte, notre incompréhension, notre désir de justice. Le cri est un appel de la vie à la Vie. Osons croire que la confiance et l’espérance ne seront jamais déçues, que la vie, en Jésus, est sortie du tombeau. C’est en demeurant dans cette confiance, que nous pourrons entendre la parole qui fait jaillir la lumière : « Confiance, lève-toi, il t’appelle ! »

Père Christophe Chatillon