Se voir tel que Dieu nous voit

C’est toujours une grâce pour nos communautés paroissiales d’accompagner des adultes qui seront baptisés et qui recevront pour la première fois l’eucharistie à Pâques, et qui seront confirmés à la Pentecôte.

Tout au long du carême, l’Église leur offre un “itinéraire spirituel” jalonné par trois célébrations que l’on appelle “scrutins” au cours desquelles sont prononcées les prières d’exorcisme. Comme son nom le suggère, le futur baptisé est encouragé à se laisser scruter par l’amour du Seigneur, pour mieux percevoir ses faiblesses et les richesses de son cœur, pour qu’il poursuive ses efforts pour mieux aimer Dieu et qu’il reçoive la force du Christ. Le mot “scrutin” évoque donc le discernement entre la lumière et les ténèbres. Les “appelés” sont invités à la conversion, à se tourner vers le Seigneur pour se voir à sa lumière.

Les scrutins proposent une progression. Ils s’inscrivent dans un chemin de conversion qui nécessite durée, efforts à poursuivre, et recommencements ! Ce n’est pas un hasard, ni une contrainte s’ils sont au nombre de trois : on ne peut y entrer vraiment en une seule fois ; il faut y revenir, recommencer, entendre à nouveau les appels du Christ. Ainsi ils éveillent petit à petit le désir d’être purifié et racheté par le Christ. Ils leur permettent d’être instruits peu à peu du mystère du péché et de ses conséquences présentes et futures, dont le monde entier et tout être humain attendent d’être sauvés et libérés.

Sur nos routes humaines et ecclésiales alternent drames et réussites. Alors, quand tout va mal, faut-il se révolter ? Jésus répond, en actes. Lui-même a intégré le malheur absolu dans son parcours, une mise à mort atroce, mais il en a fait un chemin de Pâques. Aujourd’hui il nous place sur ce même chemin. Nous nous trouvons entre la proclamation de la transfiguration (dimanche dernier), et celle de la miséricorde infinie du Père (dimanche prochain). Et voici que nos malheurs absurdes peuvent servir, en nous provoquant à découvrir que Dieu est loin d’être indifférent : son Esprit est à l’œuvre, comme puissance de résurrection et de transfiguration.

Comme nous l’entendrons dans l’évangile de ce dimanche, le figuier desséché peut reverdir. Les malheurs qui nous atteignent peuvent même servir d’engrais à ces figuiers que nous sommes, pour qu’ils donnent du fruit, par la Pâque du Seigneur.  Dans ce monde où il nous faut être rapides, efficaces, productifs, la parabole du figuier nous révèle la patience de Dieu. Comment concilier les exigences du monde d’aujourd’hui et cette invitation à prendre patience et à avancer au rythme de l’autre ? Comment sortir de ce cercle infernal du « tout, tout de suite » et de l’efficacité à tout prix ? Comment apprendre à accueillir nos limites et celles des autres et à toujours vivre dans l’espérance ?

En accompagnant les catéchumènes à l’occasion de la célébration des trois scrutins (le 20 mars à 11h à St Paterne, le 27 mars à 10h30 à la cathédrale, et le 3 avril à 9h30 à St Donatien), nous nous rappelons que nous aussi nous avons à vivre cette dimension de conversion avec eux !

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville