Se laisser guider par l’Esprit

La fête de la Pentecôte que nous célébrons ce week-end est le fruit et le couronnement de Pâques. Car la fête de Pâques ne se limite pas à l’événement initial, mais elle s’étend sur cinquante jours, s’achevant en apothéose par le don de l’Esprit et la naissance de l’Église. Tels sont les cadeaux du Ressuscité !

Le groupe des disciples se croyait démuni. Mais Jésus veillait, et de diverses façons il a pourvu son Église, dans la multiplicité de ses assemblées, du souffle nécessaire. Non seulement dans les premiers temps, mais depuis lors, de dimanche en dimanche.

Lorsqu’un mouvement, une entreprise ou une famille perdent subitement leur fondateur ou leur guide, c’est l’anéantissement. Comment continuer l’œuvre entreprise ? Qui en prendra la direction ? Sans compter les risques d’éclatement. Or, la toute jeune Église a connu cette épreuve et pendant trois jours le désarroi, à partir de l’arrestation de Jésus, jusqu’à ce que lui-même surgisse à nouveau au milieu d’elle, ressuscité, le soir de Pâques.

Il l’avait pourtant annoncé : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (Jn 14,18). Certes, ils avaient été bien courts, ces quelques mois qu’il avait passés auprès d’eux, pour proclamer la Bonne Nouvelle du Salut, leur annoncer le Règne de Dieu, manifester la nouvelle Alliance et faire renaître le Peuple de Dieu. Jésus l’avait reconnu devant eux : « J’aurais encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous n’avez pas la force de les porter ». Puis il annonçait l’effusion de l’Esprit sur les apôtres. Et pas seulement sur eux, mais encore sur tous ceux qui donnent leur foi au Christ, car notre baptême est un baptême d’eau et d’Esprit.

Stupéfaits, déconcertés, émerveillés, nous le sommes, nous aussi, lorsque nous contemplons ce mystère de Pâques et de Pentecôte : les faits se sont passés il y a plus de deux mille ans, et pourtant Jésus n’appartient pas à un passé révolu, au contraire il fait sans cesse irruption dans nos assemblées. Chaque célébration est une nouvelle Pentecôte puisque le Christ nous y communique son Esprit : nous ne sommes plus orphelins. Dans les lectures, nous entendons proclamer dans nos langues les merveilles de Dieu, l’Esprit nous fait écouter ce qui vient de Jésus, pour nous guider vers la vérité tout entière. Ensuite, en quittant la maison-Église, où la Pentecôte se reproduit chaque dimanche, nous nous laissons guider par l’Esprit, qui nous fait vivre et qui produit en nous amour, joie, patience, etc… Poussés par l’Esprit, nous rendons alors témoignage en faveur du Christ et du monde nouveau inauguré à Pâques.

Pour l’Église, il s’agit d’inventer sans cesse le langage de la foi pour l’homme, à chaque moment de son histoire. Comment dire Dieu, aujourd’hui, au coeur des différentes crises que nous traversons, à un monde tellement complexe, tellement fier de ses technologies et en même temps tellement troublé par l’expérience qu’il fait de sa propre vulnérabilité ; à des hommes enfermés avec leurs doutes, leurs questions, leurs peurs… « Où est-il ton Dieu ? » demandait l’incroyant au psalmiste de la Bible. La question est de toujours à toujours.

Seule une écoute attentive de ce que l’Esprit dit à l’Église peut permettre aux disciples d’être des témoins crédibles de l’Évangile du salut. C’est là l’authentique Tradition, le signe de la fidélité au Christ et de la docilité à l’Esprit qui fait l’Église capable de se renouveler, pour tirer de son trésor de l’ancien et du nouveau, pas pour le plaisir de changer – l’Église n’a pas la bougeotte – mais pour annoncer Jésus Christ de manière à être entendue. C’est à chaque baptisé d’écouter l’Esprit lui souffler les mots et les gestes d’un témoignage crédible.

Viens, Esprit de Sainteté !

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville