Nous sommes les pierres vivantes

Imaginez un peu, le soleil brille, vous participez aux Journées Européennes du Patrimoine, et vous avez envie d’aller visiter une église que vous ne connaissez pas, proche de chez vous ou perdue à l’autre bout du diocèse. Que faites-vous en premier si vous n’êtes pas sûr du lieu ? Eh bien vous regardez sur un plan ou sur une carte pour trouver votre chemin et puis, arrivés sur place, vous essayez de trouver la porte d’accès. L’idéal cependant, si vous n’êtes pas sûr du lieu, reste toujours qu’un ami, connaissant les lieux pour y avoir déjà été, vous guide vers cet édifice, qu’il vous guide sur le bon chemin et vers le portail ouvert.

Et bien, pour notre vie de chrétien, il en va de même. Ce guide, c’est le Christ. Ce chemin, c’est le Christ. Cette porte, c’est le Christ. Et si le Christ est le chemin, s’il est la porte, il est aussi la pierre angulaire de cette construction. Il est la pierre d’angle de l’édifice saint. « Détruisez ce temple et en trois jours je le rebâtirai », avait annoncé Jésus aux juifs. C’est ce qu’ils firent. La pierre d’angle fut rejetée, ils le crucifièrent. Le temple de son corps fut détruit, ils profanèrent jusqu’à terre la demeure du Nom très saint puis l’ensevelirent. Mais au matin du troisième jour, la voilà resplendissante de beauté, pierre vivante, ressuscitée. Le Christ jaillit du tombeau et le temple détruit est rebâti. Mais il est rebâti plus grand, plus large. Et voilà la grande et belle leçon : Ressuscité des morts, le Christ édifie son propre corps qui est l’Église, et ce corps ne cesse de grandir.

De cette Église, nous sommes les pierres vivantes et la construction que nous sommes a pour fondation les apôtres et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. Voilà donc la beauté du mystère : pierre rejetée des bâtisseurs, ensevelie, il ressuscite, pierre de faîte couronnant l’édifice entier de l’Église. Il est la tête du corps entier et nous, les pierres vivantes, nous sommes les membres d’un si bel édifice.

Mais attention, ne nous y trompons pas, ce bel édifice n’est pas constitué que de pierres parfaites. « Si l’Église était faite uniquement d’hommes parfaits, j’aurais l’impression que je n’y suis pas. » disait Bernanos. De fait, et c’est là la réalité, notre église est constituée de pierres de taille, superbe de perfection apparente, peut-être, mais qu’en est-il du côté non apparent ? Il est caché mais il est là. Elle est aussi faite de pierres lourdes, massives, de pierres qu’on foule aux pieds, de pierres fragiles, et de tant de pierres si insignifiantes qu’on ne les regarde jamais.

Telle est l’Église, complexe mais profondément une. Et surtout ne l’idéalisons pas comme une belle architecture de carte postale, elle est là, elle subsiste en ses membres, elle est constituée des pierres que nous sommes tous. Et c’est l’unité de toutes ces pierres, conduites à la vie nouvelle par la résurrection, et étroitement liées à la pierre d’angle qu’est le Christ, qui forme l’Église visible aux yeux.

Quand on parle de l’édifice et de ses pierres, il est nécessaire aussi de regarder plus loin, d’agrandir un peu notre perception. L’Église n’est pas uniquement constituée par les pierres apparentes, il y en a beaucoup de cachées, il faut les chercher dans les soubassements, dans l’épaisseur des murs, loin de la lumière des vitraux, dans les cryptes les plus noires. D’accord, elles n’ont peut-être rien à voir avec les pierres les plus belles mais elles sont parfois beaucoup plus importantes qu’une jolie voussure bien ciselée. Enlevez-les et ce peut-être tout un pan de l’édifice qui s’effondre. Elles n’ont peut-être pas reçu le sceau du tailleur de pierre mais elles appartiennent tout de même à la construction.

Voilà l’Église du Christ, voilà son corps, voilà ses membres, et c’est dans cette église, que le Christ glorifié demeure sur terre. Cette Église, s’il en est la porte, s’il en est la pierre d’angle, il en est aussi la Vie. « Que le Seigneur nous donne à tous sa grâce, sa force, afin que nous puissions être profondément unis au Christ, qui est la pierre angulaire, le pilier, la pierre de soutien de notre vie et de toute la vie de l’Église. Prions afin que, animés par son Esprit, nous soyons toujours des pierres vivantes de son Église » (Pape François, audience générale du 26 juin 2013).

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville