Notre sauveur est un crucifié

Pendant 40 jours, nous nous sommes préparés à la plus grande fête chrétienne qu’est Pâques, fête de la résurrection du Seigneur Jésus : c’est le cœur de notre foi ! En ce dimanche des Rameaux, nous entrons dans la Semaine Sainte, la dernière et grande semaine de Jésus sur la terre, et la liturgie nous fait vivre des émotions pour le moins contrastées : de la joie devant le Christ triomphant à Jérusalem au profond désarroi devant sa passion et sa mort en croix.

Comment est-il possible qu’un crucifié soit notre sauveur ? Sur la croix, la vie de Jésus semble un échec : tous, ou presque, l’ont quitté et sa mort infamante fait de lui un proscrit. L’échec de Jésus est aussi celui de ses compagnons d’infortune… Échec de Judas, tellement insupportable qu’il le pousse à se pendre. Échec de Pierre, qui pourtant avait juré à Jésus de le suivre jusqu’au bout. Il pleurera amèrement. Échec de l’ensemble des apôtres. Tous s’enfuient et s’enferment dans leur maison, morts de peur et sans doute aussi morts de honte. Même leur prière n’est pas à la hauteur : à Gethsémani, ils n’ont pas réussi à prier une heure avec le Christ.

Dans la Bible, le récit de la passion ne fait pas figure d’exception. Nombreux sont les récits qui relatent l’histoire d’hommes et de femmes qui font l’expérience douloureuse de l’échec. Abraham, avant de devenir le père d’une multitude, vit le drame de ne pas avoir d’enfants alors qu’il est déjà un vieillard. Moïse, avant d’être le libérateur de son peuple fut un assassin obligé de se cacher dans le désert. Nous connaissons les jérémiades du prophète Jérémie, les lamentations de Job, le chant du serviteur souffrant d’Isaïe ou le désespoir d’Osée qui pleure l’échec de son couple. De nombreux psaumes font échos à la prière de ces pauvres qui appellent Dieu à leur secours.

L’évangile ne serait plus l’évangile s’il n’avait pas cette capacité à constamment nous prendre à contre-pied et nous pousser à nous remettre en question : le messie, est mort crucifié et abandonné. Humainement, celui que nous reconnaissons aujourd’hui comme notre sauveur a échoué.

Dans sa lettre aux Philippiens saint Paul nous l’a dit : Jésus, lui qui était de condition divine, s’est dépouillé. Il est devenu semblable aux hommes. Il s’est abaissé. Et il a rejoint les hommes jusqu’au plus bas de leur obscurité, non par goût malsain de la souffrance, mais pour vivre avec nous un passage. Ce mot passage est d’ailleurs la traduction littérale du mot « Pâques » en hébreu. À Pâques nous sommes invités à passer avec le Christ. Il vient nous rejoindre, là où nous sommes, empêtrés parfois dans nos épreuves, pour nous faire passer avec lui. Il nous prend avec lui dans sa prière lorsqu’au jardin des oliviers, il s’adresse au Père en disant « Abba, Père, tout est possible pour toi ! » Il nous prend avec lui dans sa passion pour nous faire passer de la méfiance à la confiance, de la défiance à l’espérance, du doute à la foi et de la mort à la Vie. Comme le dit encore saint Paul, le Christ Jésus s’est dépouillé pour nous élever. Il s’est abaissé pour nous faire passer, par lui, avec lui et en lui de l’ombre à la Lumière.

Oui, notre sauveur est un crucifié ! La croix, cet arbre de mort, par lui, est devenu l’arbre de Vie. Il nous révèle ainsi que l’unique puissance capable de renverser les portes de la mort est la puissance de l’amour et du pardon qui va jusqu’au bout.

Bonne montée vers Pâques !

Christophe Chatillon
Curé de la 
Paroisse Orléans Coeur de Ville