Un Roi crucifié

L’évangile ne serait plus l’évangile s’il n’avait pas cette capacité à constamment nous prendre à contre-pied et nous pousser à nous remettre en question : le Christ, Roi de l’Univers, que nous célébrons en ce dernier dimanche de l’année liturgique, est mort crucifié et abandonné. Humainement, celui que nous reconnaissons aujourd’hui comme notre Sauveur a échoué. Comment est-il possible qu’un crucifié soit notre Sauveur ? Sur la croix, la vie de Jésus semble un échec : tous, ou presque, l’ont quitté et sa mort infamante fait de lui un proscrit.

Il avait le droit de descendre de sa croix, s’il le pouvait. Tous le savent innocent. Les chefs juifs qui l’ont condamné, Pilate qui voulait le relâcher, et même les deux larrons. Comme le fait remarquer l’un d’eux, si, pour eux, c’est normal qu’ils soient là, pour lui, Jésus, ce n’est pas juste. Il n’est pas à sa place.

Il aurait pu descendre de sa croix. Pour un Fils de Dieu, ce n’est pas plus difficile que de guérir un paralysé ou de ranimer son ami Lazare. Il aurait même pu, dans la foulée, anéantir ceux qui l’ont arrêté, jugé, condamné, exécuté et qui ricanent au pied de sa croix. « Si tu es le Fils de Dieu »… tu peux. C’est justement ça que Jésus a toujours refusé : faire sa volonté, ne penser qu’à lui, sauver sa peau.

Jésus n’est pas venu pour se sauver, Lui, il n’en avait pas besoin, mais pour nous sauver, nous. C’est nous, pas Lui, qui avons besoin d’être sauvés. Et ce chemin-là, Dieu seul pouvait le tracer, Dieu seul pouvait faire que la vie, la sienne, soit plus forte que la mort. Il fallait qu’un homme ait en lui la puissance d’amour de Dieu pour ouvrir la route qui mène à sa Vie.

Et pourquoi l’a-t-il fait ? Pas parce qu’il a besoin de nous, pas pour montrer qu’il est le Maître de tout, mais uniquement parce qu’il nous aime et ne peut supporter de nous savoir malheureux, loin de Lui.

Alors Dieu est venu nous chercher, en se faisant l’un de nous, et il appelle chacun à se laisser aimer et sauver par Lui. C’est ce grand mystère que nous célébrons aujourd’hui. C’est en cela que Jésus est Seigneur, notre Seigneur ou encore notre Roi, roi d’amour qui l’a conduit à donner sa vie pour nous. Il lui fallait affronter la mort pour en triompher.

Tracer sur nous le signe de cette croix, c’est reprendre la prière du bon larron, « souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton royaume » et entendre Jésus nous dire « aujourd’hui tu seras avec moi en paradis ». Ta confiance permet à mon amour de te sauver. Jésus peut faire de mon aujourd’hui un paradis. Question de confiance en son Amour.

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville