Même pas peur !

L’estomac se noue. Jusque-là, on plaisantait. Peu à peu les voix s’étaient tues et même les plus téméraires s’étaient faits silencieux, le ciel s’était assombri et le vent redoublait d’intensité. Les vagues ballotaient violemment la barque dans laquelle s’étaient installés les disciples et le Maître. Ils échangeaient des regards inquiets, tournant les yeux, tantôt vers la mer, tantôt vers le ciel… puis vers Jésus. Il dort… et même la pluie drue, le bruit et le tangage n’y font rien. Il dort. La tension est de plus en plus forte. Le temps passe, la confiance s’affaiblit… Qui prend alors l’initiative ? On ne le dit pas. Ils réveillent Jésus…

Dans ce récit qui est une sorte de parabole en acte, l’amour et la foi sont mis à l’épreuve. Les proches de Jésus, ceux qui ont marché avec lui, ceux qui, comme le dit saint Paul ont été « saisis par l’amour du Christ » embarquent avec lui vers d’autres rives, moins hospitalières, dans une sorte d’Église « en sortie », qui se met en route vers les périphéries. Pressé d’annoncer la Bonne Nouvelle, pressé d’aimer à la manière de Jésus, voici le petit troupeau embarqué dans l’aventure et la mission, le cœur léger, animé d’une foi sans faille et d’un amour débordant : c’est normal puisque Jésus est avec eux… même pas peur !

Or, alors qu’ils sont toujours en chemin, alors qu’ils n’ont rien entamé ni rien vécu ni proclamé, voilà que la tempête et les vagues viennent refroidir leur ardeur. Comme pour nous peut-être. À peine sommes-nous sortis de nos églises, sûrs que « le Christ vit en nous », que déjà le vent de l’indifférence, les difficultés de notre vie, ou les événements de l’actualité, viennent comme des vagues nous secouer et refroidir notre ardeur. Et nous préférons nous taire. Nous le devinons : ce ne sera donc pas si facile de vivre de son amour et d’aimer comme lui. Pourtant, l’amour du Christ est le même pour chacun, débordant.

D’accord, disons-nous, Jésus est là, mais il dort ; et ce monde dans lequel nous évoluons et notre vie elle-même ressemblent tant à cette mer à traverser et l’envie nous vient parfois de crier vers Dieu : « Cela ne te fait rien ? Nous sommes perdus ! » Face à un environnement redoutable et hostile, où les dangers sont évidents, ou quand les malheurs et les tempêtes bousculent nos existences, il est bien difficile de ne pas se sentir « perdus, abandonnés par un Dieu qui dort ».

Silence ! Dieu répond du sein de la tempête en imposant sa loi à la mer, en lui fixant des limites qu’elle ne peut franchir. Dieu est maître. Non, le malheur ne pourra te toucher au-delà de tes forces. Non ! Ni la peur, ni le danger, ni la mort, rien ne te submergera, puisque je suis le maître et que je suis avec toi.

Père Christophe Chatillon