Livrés à nous-mêmes ?

Le Jésus de Palestine a disparu de ce monde : tout ce qui en lui était terrestre et passager devait, comme pour nous, avoir une fin. Sa mort allait-elle, pour autant, mettre un terme à une aventure qui annonçait l’éternel et l’infini ? Allions-nous, comme avant sa présence sur la terre des hommes, être livrés à nous-mêmes ? Dans sa dernière prière à son Père, Jésus lui-même semble préoccupé par cette question : ses disciples seront-ils gardés du Mauvais ? Il révèle la touchante tendresse de son cœur : “Quand j’étais avec eux, je les gardais dans la fidélité à ton nom. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu. Mais maintenant que je viens à toi ?”

Cette préoccupation de l’avenir de ses disciples est quasi angoissée, car il prévoit qu’ils vont être pris en haine comme lui-même l’a été. Mais comment pourront-ils demeurer dans la fidélité ? “Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous… Dieu est Amour : celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu, et Dieu demeure en lui”. À entendre comment, dans sa Lettre, saint Jean nous révèle que l’amour de Dieu atteint en nous sa perfection si nous nous aimons les uns les autres, nous devinons qu’il n’a pu découvrir ce cœur de la foi chrétienne que le soir du Jeudi saint lorsqu’il reposa la tête tout contre la poitrine de Jésus. Notre prière n’est-elle pas ce cœur à cœur avec le Christ qui, particulièrement durant l’eucharistie, nous révèle qu’il ne nous a pas quittés.

Père Christophe Chatillon