Leur apparente inutilité : une présence de Dieu

C’est l’histoire d’un crucifix mutilé retrouvé dans les combles d’une église après la guerre. Le très beau Christ en bois avait perdu ses deux bras. Le sacristain, excellent bricoleur, dit au curé « je vais lui sculpter de nouveaux bras ». Et le prêtre de répondre : « non, nous le laisserons tel qu’il est ; il nous rappellera que ses bras et ses mains, désormais ce sont les nôtres ».

Dans les récits de l’Ascension, les apôtres demandent à Jésus : « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Il ne répond pas à leur question, mais il les envoie pour être ses témoins jusqu’aux extrémités de la terre. Alors apparaissent deux hommes en vêtements blancs qui disent : « pourquoi regarder le ciel ? Jésus reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller ». L’autre récit ajoute : « je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ».

S’il nous est dit de ne pas regarder le ciel et de ne pas chercher le Christ parmi les morts, si le Ressuscité est avec nous tous les jours, où pouvons-nous le trouver ? Spontanément l’homme religieux se tourne vers le ciel. « Comment dois-je me présenter devant le Seigneur ? » demandait déjà le prophète Michée. Faut-il offrir de jeunes taureaux et répandre des flots d’huile sur l’autel ? Et la réponse est : « ce que le Seigneur réclame de toi, ce n’est rien d’autre que pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec ton Dieu ».

Le prophète avait compris que la relation à Dieu est indissociable de la relation à l’autre. Jésus va plus loin : « ce que vous faites aux plus petits, c’est à moi que vous le faites ». Celui qui manque du nécessaire pour vivre, c’est en lui qu’il faut voir aujourd’hui le Christ. Des gens qui n’ont pas de quoi se nourrir, de quoi se vêtir, de quoi se loger, il n’en manque pas autour de nous. Sans parler des étrangers et des prisonniers. En cette Journée mondiale des pauvres, nous pouvons nous laisser interpeler : comment réagissons-nous alors que se propage « la mondialisation de l’indifférence » que stigmatise le pape François, dans une « civilisation du déchet » comme il le dit encore ?

Dans une de ses lettres, frère Roger de Taizé écrivait : « Ceux qui sont rejetés par la société à cause de leur faiblesse et de leur apparente inutilité sont une présence de Dieu. Si nous les accueillons, ils nous conduisent progressivement hors d’un monde de compétition et de besoin de faire de grandes choses, vers un monde de communion des cœurs, une vie simple et joyeuse, où l’on fait de petites choses avec amour. Le service de nos frères et sœurs faibles et vulnérables signifie ouvrir un chemin de paix et d’unité. Nous accueillir les uns les autres dans la riche diversité des religions et des cultures, servir ensemble les pauvres, prépare un avenir de paix. »

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville