Le croyant est un migrant

En ce deuxième dimanche de carême, le décor n’est plus le même. Ce n’est plus l’aridité du désert avec toutes ses embûches, mais la majesté impressionnante et écrasante de la montagne. Pour Abraham comme pour les disciples, il faut faire confiance, répondre à un appel et mettre ses pas dans ceux d’un autre pour en atteindre le sommet.

C’est au sommet de la montagne que Dieu invite Abraham à tout quitter, à partir dans l’inconnu. Quel défi pour nous qui souvent sommes attachés à nos sécurités, à notre confort, à nos certitudes… C’est là encore que Pierre, Jean et Jacques, deviendront les témoins de la Transfiguration de Jésus et les confidents du Père : « Celui-ci est mon Fils bien aimé… écoutez-le ! ». C’est dans le silence de la montagne que le Père parle, loin du brouhaha des villes, loin des rumeurs qui empêchent d’entendre la voix du Bien-aimé. Le Père parle au cœur de l’homme, dans le secret. Il est en attente de sa réponse.

Le patriarche Abraham est présenté comme un modèle, le modèle du croyant qui met toute sa confiance en Dieu et qui accepte de répondre à son appel. Si Abraham a pu le faire, c’est bien parce qu’un dialogue s’était déjà noué avec le Seigneur. Le « oui » d’Abraham, jaillit d’une relation qui s’est construite, d’une fréquentation qui lui a permis de reconnaître la voix de son Seigneur en qui il peut placer sa confiance.

Il est particulièrement significatif que l’Écriture propose comme modèle de foi à tous les croyants la figure d’un migrant. C’est que la foi est tout sauf le confort sécurisant d’une identité : elle est un arrachement constant de soi, à la suite d’une parole qui s’impose sans force et qui n’offre aucune garantie.

Si l’Écriture nous présente la figure du migrant comme modèle, comment ne pas penser également à tous ces migrants d’aujourd’hui. Contrairement à celui d’Abraham, leur départ, souvent, est forcé, imposé par les circonstances. Ils tentent de quitter la misère de la guerre pour trouver un lieu où se poser, espérant que la vie puisse rejaillir. Qui pourrait enlever de sa mémoire les images de ces derniers jours de vieillards et d’enfants fuyant leur pays dans la neige ; ou celles de jeunes enfants morts au bord d’une plage ; ou encore celles de ces rafiots, bondés, ballottés par les flots ?

N’est-il pas temps pour nous d’entendre l’appel de Dieu ? Laissons-nous transfigurer par le Christ ! Il nous invite à quitter nos certitudes, à nous avancer sur le chemin de la confiance, de l’espérance et de la foi. En ce temps de conversion qu’est le carême, nous sommes appelés à renouveler notre engagement à écouter Jésus, à le suivre, à laisser toute notre vie s’éclairer par sa parole. Avec Abraham, avec les croyants de tous les temps, nous pouvons dire : « Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ? ».

Christophe Chatillon
Curé de la 
Paroisse Orléans Coeur de Ville