Le commandement d’amour

Nous continuons à lire dans l’évangile selon saint Jean le discours d’adieux de Jésus. C’est donc son testament, les dernières volontés du condamné à mort qu’il était, ses dernières recommandations aux disciples qui vont être privés de sa présence physique : à eux de porter désormais la bonne nouvelle. Jésus y dit l’essentiel de son message : l’amour que le Père a pour lui, cet amour qu’il déverse en abondance sur les siens. Et donc il présente l’amour que nous devons avoir pour le Père et entre nous, un amour en vérité et en actes. “Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour…” Comme dimanche dernier, nous retrouvons le mot demeurer, jumelé en plus aux termes amour, aimer, ami. 

Mon commandement, le voici : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.” Peut-on faire de l’amour un commandement ? L’amour est par essence libre et spontané, sans contrainte aucune. Il est instinctif, naturel. Sans doute, mais l’amour peut aussi se forcer, montrer un effort de volonté : c’est l’amour que nous demande Jésus. Si des gens sont aimables, instinctivement on les aime. Comme on peut aimer naturellement un bienfaiteur, conduit par un sentiment de reconnaissance. Par contre, il est si difficile d’aimer quelqu’un de désagréable, insupportable, sans manières ; instinctivement on l’évite et, même si on n’a pas de haine contre lui, il y a une sorte de répulsion naturelle. D’autant plus, pour quelqu’un qui a fait du tort ou pour un ennemi, on prend ses distances, on détourne le regard. Et pourtant, le Christ nous dit qu’il faut aimer même celui qui fait tout pour qu’on le haïsse ou qu’on l’évite. Aimez vos ennemis, priez pour ceux qui vous maudissent, nous dit Jésus. Ne les évitez pas, allez vers eux, même si vous êtes la victime de leurs torts, faites le premier pas vers la réconciliation et la pleine entente, pour faire la paix et construire une nouvelle relation forte, remplie d’amour. Ainsi nous comprenons le mot comme : c’est la mesure de l’amour qui nous est commandé. Le Seigneur nous demande d’aimer comme il nous a aimés, en nous révélant qu’il nous aime comme il est aimé lui-même par le Père. Il demeure dans cet amour et il nous introduit dans cette intimité. 

Intimité de l’amour insensé de Dieu qui a livré son fils pour nous qui ne sommes pas si aimables que cela, qui sommes même coupables et pécheurs. Folie difficile à comprendre : seul Dieu peut aimer à ce point les humains qui l’offensent constamment. Le fait de se savoir aimés par Dieu nous donne alors le bonheur d’aimer les autres à notre tour. C’est ainsi que, en plus d’être serviteurs de Dieu, nous pouvons maintenant être appelés ses amis. Nous devenons fils et filles de Dieu, tous frères et sœurs de Jésus. Jésus nous a choisis, à l’inverse de disciples qui font d’ordinaire le choix de leur école ou de leur maître. Pour Jésus, c’est tout le contraire. C’est lui qui choisit des envoyés qui vont partager sa mission : “pour que vous alliez, que vous portiez du fruit“. Aujourd’hui, nous sommes ses disciples envoyés de par le monde. 

Mais comprenons-le bien : l’amour de Dieu est toujours premier. Son amour ne dépend pas du nôtre, et il est “de toujours à toujours” ; même quand nous le refusons, Dieu ne s’arrêtera pas de nous aimer.

Père Christophe Chatillon