Laissons-nous surprendre !

Précédé par une réputation flatteuse de guérisseur et de prophète, Jésus revient à Nazareth. À la synagogue où il se rend, le sabbat, comme tout bon Juif, on est curieux de l’entendre et de le voir faire.

De fait, il prend la parole après la lecture d’Isaïe. Il parle avec fermeté. D’où lui vient cette autorité ? Il n’a pas fait d’étude et il n’est pas allé en formation à Jérusalem. Il n’est que le fils de Joseph et de Marie. Les relations deviennent tendues et la foi fait défaut. On voudrait qu’il réalise la Parole d’Isaïe en multipliant les gestes miraculeux. Il y a à Nazareth suffisamment de malades de toutes sortes pour qu’il puisse faire son numéro de guérisseur. Mais lui ne fait de guérisons que si elles sont « signes » : signes de la confiance de celui ou celle qui est en demande ou en attente ; signes de la présence en Lui d’une puissance de salut qui transcende son humanité.

À Nazareth, il n’a devant lui, dans la synagogue, que des compatriotes qui pensent tout savoir de lui. Le Jésus, on l’a vu naître ; on a joué avec lui quand on était gamins ; on a eu affaire à sa compétence professionnelle pour les meubles, les outils, les charpentes ; on l’a invité aux fêtes familiales, aux noces et aux sépultures. Qu’il se soit découvert un don de guérisseur, pas de problème : il n’est pas le premier, mais on ne s’improvise pas prophète. Il faut être appelé, comme Isaïe, Amos, Zacharie et tous les autres, dont on lit les paroles, à la synagogue.

Parce qu’il ne veut pas être celui qu’ils attendaient – le prophète guérisseur local à leur service exclusif ou au moins prioritaire – ils vont le rejeter violemment et l’emmener pour le précipiter en bas. Mais lui, allait son chemin.

Nous aussi, nous connaissons bien Jésus. Nous sommes capables de réciter des pages d’évangile presque par cœur. Peut-il encore nous surprendre ? Peut-il encore être autre à nos yeux ? Peut-il encore se révéler à nous autrement ou ailleurs que dans nos ‘synagogues’ de certitudes, de formules dogmatiques, de traditions figées, de morales intangibles. Lui laissons-nous le droit d’aller son chemin hors de nos sentiers battus, pour continuer d’annoncer à tous – et donc aussi à nous – une information nouvelle, une bonne nouvelle… peut-être avec des mots et des gestes nouveaux qui font signe à tous les chercheurs de Dieu.

Christophe Chatillon
Curé de la 
Paroisse Orléans Coeur de Ville