La parole et l’action

Après les jeux olympiques d’hiver qui se sont terminés dimanche dernier, s’ouvriront vendredi prochain les jeux paralympiques à Pékin. Il existe de plus en plus de sports et de compétitions où sont associées des personnes atteintes d’un handicap à des valides. Pour moi, l’une des plus spectaculaires est la descente à ski par une personne en situation de handicap visuel. Elle est précédée de son guide, qui lui indique le geste à effectuer par des mots brefs. C’est du grand art et il faut évidemment que la parole du premier soit très précise pour assurer le bon mouvement du second.

Jésus ne pensait certes pas à une telle situation quand il disait qu’un aveugle ne peut pas guider un autre aveugle (cf Lc 6,39). L’image est tout aussi parlante. Elle souligne que le disciple doit suivre le maître pour être bien formé et devenir comme lui. L’évangile de ce dimanche ne fait pas d’autre commentaire, mais nous comprenons bien que nous ne sommes pas au-dessus du Seigneur et que nous avons à suivre sa parole.

Devenir disciple d’un maître comme Jésus ne veut pas dire qu’on est supérieur aux autres. Il est si facile de détecter les défauts des autres et la tentation est forte de les critiquer, dans le dos le plus souvent, et quelquefois avec âpreté dans la vie de famille ou de communauté… Qu’il est précieux de pouvoir faire la vérité sur soi-même et de discerner ses propres faiblesses avant de faire la leçon à son voisin !

C’est un vrai défi de concilier la lucidité, la vérité et l’amour. Les psaumes ne cessent de les associer, et le Christ était imprégné de leur prière : « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent (Ps 84,11)… Le Seigneur est droit, pas de ruse en Dieu, mon rocher (Ps 91,16)… Le juste grandira comme un palmier, il poussera comme un cèdre du Liban (Ps 91,13)… » La droiture qu’on peut admirer dans ces grands arbres est une constante préoccupation de Jésus dans sa vie et dans ses enseignements : « ce que dit la bouche, c’est ce qui déborde du cœur (Lc 6,45)… que votre oui soit oui, que votre non soit non (Mt 5,37)… heureux les cœurs purs car ils verront Dieu (Mt 5,8)… » C’est aussi la raison pour laquelle il adresse de vifs reproches aux pharisiens : hypocrite, enlève d’abord la poutre de ton œil ! Ceux-là sont une illustration vivante des mots de Sirac le Sage que nous entendrons dans la première lecture : « les petits côtés de l’homme apparaissent dans ses propos » (27,4).

Jésus reprend également le proverbe du Sage « on reconnaît l’arbre à ses fruits ». C’est aussi une donnée fondamentale de l’Évangile : la conformité entre la parole et l’action. Qu’il n’y ait pas de distance entre le discours et la pratique. « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la mettent en pratique (Lc 11,28)… Il ne suffit pas de dire ‘Seigneur, Seigneur’, il faut faire la volonté du Père (Mt 7,21) ». Les autres écrits du Nouveau Testament reprennent cette insistance, comme saint Jacques lorsqu’il écrit : « La foi sans les œuvres est une foi morte » (2,26).

Comme le skieur aveugle, écoutons bien la parole du Seigneur qui nous guide, et préparons nous à entrer en carême en le suivant sur les chemins de la vie.

Christophe Chatillon
Curé de la 
Paroisse Orléans Coeur de Ville