Inconfortable

La foi naît de l’écoute. Les Israélites étaient d’ailleurs invités à dire tous les jours une prière qui commence par « Shema Israël », « Écoute Israël ! ». Lors de la Transfiguration de Jésus, la voix du Père crie haut et fort « Celui-ci est mon Fils bien aimé, écoutez-le ! ». « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la gardent » dira Jésus en désignant Marie, sa mère, habituée à garder fidèlement les paroles de Dieu dans son cœur.

Nous ne sommes donc pas étonnés si, dans la parabole du riche et du pauvre Lazare, que la liturgie nous propose de méditer ce dimanche, Jésus insiste, une fois encore, sur l’importance d’être à l’écoute de la Parole de Dieu : « S’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus ». Écouter, pour Jésus, ce n’est pas uniquement entendre, c’est aussi ouvrir son cœur, c’est mettre en pratique : « celui qui écoute sans mettre en pratique ressemble, dit Jésus, à un homme qui bâtit sa maison sur du sable ».

Jésus accuse l’homme riche de ne pas avoir écouté la Parole de Dieu durant sa vie. Il lui reproche aussi de ne pas avoir regardé : il a été incapable de voir ce pauvre Lazare qui gisait, couvert d’ulcères sur le pas de sa porte. Le riche était enfermé dans sa prison dorée. Prisonnier de sa richesse, il ne voyait ni n’entendait plus personne.

Au séjour des morts, le comportement égocentrique de l’homme riche semble inchangé : il ne pense toujours qu’à lui. Aucune demande de pardon pour Lazare qu’il a pourtant méprisé. Au contraire, il faudrait encore qu’il le serve en lui apportant de l’eau et en prévenant ses cinq frères. Le fossé que le riche a lui-même creusé entre lui et le pauvre Lazare subsiste même après sa mort. Il ne doit s’en prendre qu’à lui-même.

Écouter la Parole de Dieu, ne serait-ce pas accepter de sortir de la prison dorée dans laquelle parfois nous nous enfermons ? Ne serait-ce pas accepter de devenir vulnérable aux appels de nos frères, comme nous y invite également la parabole du bon samaritain ? Ne serait-ce pas aussi vaincre nos peurs qui nous replient trop souvent sur nous-mêmes ?

Par toute sa vie, le Christ a comblé les abîmes et les ravins qui séparent les hommes. Il s’est fait le prochain de tout homme. De sa naissance à Bethléem jusqu’à sa mort sur la croix, il s’est rendu proche du pauvre comme du riche. Il a permis que des sourds enfin entendent et que des aveugles voient. Ainsi ils ne pourraient plus ignorer ceux qui se contenteraient bien de se rassasier de ce qui tombe de leur table.

Écouter la Parole de Dieu est tout sauf confortable. Cela nécessite de sortir de notre zone de confort et de perdre nos sécurités. Aujourd’hui comme hier, tant de fossés et de frontières divisent les hommes et tant de peurs les séparent. Serons-nous capables, à notre petite mesure, d’être artisans de réconciliation et de rapprochement pour construire un monde plus solidaire et plus juste ? Pour que les fossés d’indifférence enfin se comblent.

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville