Il est difficile de naître

Jésus vient de Tyr et Sidon, c’est le sud du Liban actuel, et se rend dans la Décapole, la région des dix villes au-delà du Jourdain, c’est-à-dire une partie de la Syrie d’aujourd’hui. Nous sommes au cœur de ces pays massacrés par les conflits internationaux. En ce temps-là un territoire étranger, en dehors de la terre d’Israël : si un Juif va y faire des guérisons, c’est un signe que l’amour et le salut de Dieu n’est pas réservé à quelques-uns. Mais n’allons pas trop vite… 

On amène à Jésus un sourd-muet et on le prie de poser la main sur lui. Nous retrouvons là quelque chose du conflit de dimanche dernier : en touchant un étranger et un handicapé, on se rend impur selon les règles rituelles, le handicap étant associé au péché dans la mentalité de l’époque. Jésus va prendre cet homme à l’écart de la foule : il le sort ainsi délicatement de l’anonymat et il manifeste son attention au malade. Celui-ci n’est pas « un cas » parmi d’autres. Ensuite il le touche là où il est fragilisé : les oreilles et la langue. Il dit simplement « effata = ouvre-toi », l’homme est guéri, et les témoins sont invités à ne le dire à personne. Mais la nouvelle se répand vite et les gens s’émerveillent.

Certes, Jésus n’a pas rencontré tous les étrangers et il n’a pas guéri tous les malades. Il a été très attentif à ceux qu’on lui amenait ou qu’il rencontrait sur la route. Quand il prend discrètement le sourd-muet à l’écart pour le toucher et lui parler, il montre son respect infini de chaque personne humaine. Il ne s’agit pas pour nous de guérir ou de convertir tout le monde, mais d’être attentifs à chacun.

Il paraît que le petit homme vient au monde en poussant un cri ; il paraît aussi qu’il sort du ventre maternel les poings serrés. Comme il est difficile de naître et de s’ouvrir à la vie ! Peu à peu, l’enfant apprendra à parler, à articuler les sons, à écouter et à s’exprimer. Peu à peu il saura ouvrir ses mains et les tendre vers les autres pour communiquer et entrer en relation. La vie ne peut s’épanouir que si elle s’ouvre au monde environnant et à autrui.

Seigneur, en cette période de rentrée, débouche nos oreilles, délie nos langues, desserre nos mains et élargis nos cœurs pour que se déploient en nous la beauté et la force de ton amour.

Père Christophe Chatillon