Humaniser le monde

Quelque temps après les attaques terroristes de Bruxelles en mars 2016, le mari d’une victime a publié un témoignage bouleversant sous le titre « Un jihad de l’amour ». Il y montre que pouvoir pardonner aux meurtriers est plus fort que suivre la voie de la vengeance. En évitant de rendre le mal pour le mal, on brise le cercle vicieux de la violence. C’est une manière de vaincre la mort et ceux qui la sèment, car on privilégie la vie et la chance d’une nouvelle relation possible.

Ce raccourci ne rend pas compte de toute la richesse du livre. Il veut seulement montrer la réalité de ce que beaucoup de gens pensent impossible : la réalisation du pardon, y compris dans des circonstances extrêmes. Que de fois n’entend-on pas « je ne pourrai jamais lui pardonner » ? Ou, dans la bouche de chrétiens, « je n’arrive pas à dire le Notre Père jusqu’au bout, car je ne peux pas dire ‘pardonne-nous comme nous pardonnons’ » ?

Pourtant, en plus de la haute perspective humaniste qui s’efforce de vaincre la terreur par la non-violence, le chrétien a une clé particulière pour ouvrir le secret de la miséricorde et c’est Jésus qui nous la donne dans l’évangile de ce dimanche.

Aimer nos ennemis, faire du bien à ceux qui nous haïssent, prier pour ceux qui nous calomnient, ne pas juger et ne pas condamner, etc… cela ne nous paraît pas réaliste. Tout spécialement en cette période où se tiennent à la fois le procès des attentats du 13-Novembre, celui du meurtrier de la petite Maëlys, et celui des complices des assassins du Père Hamel…

Mais selon le Christ, il nous faut devenir vraiment ce que nous sommes : les fils du Très-Haut. Or il est bon, lui, pour les ingrats et les méchants, il fait luire son soleil sur les justes comme sur les injustes. Soyez donc miséricordieux comme votre Père est miséricordieux.

« Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! », chanterons nous avec le psaume 102.

« Le nom de Dieu est miséricorde », ne cesse de répéter le pape François dans divers documents et dans les actes qu’il pose. Il manifeste ainsi l’importance de cet aspect essentiel du message chrétien. Ce n’est pas une fantaisie de pape. C’est une exigence de l’Évangile, c’est une bonne nouvelle !

Le but du judaïsme, écrivait Marek Halter, n’est pas de judaïser le monde, mais de l’humaniser. On peut dire la même chose du christianisme. Notre but est d’humaniser le monde, puisque Dieu lui-même s’est fait humain. L’humanité n’est pas encore arrivée à ce stade où chacun fait pour les autres ce qu’il voudrait qu’on fasse pour lui. Pourtant, ce chemin n’est pas impossible à gravir. Or, l’Évangile nous le dit depuis le commencement, c’est le chemin du bonheur.

Christophe Chatillon
Curé de la Paroisse Orléans Coeur de Ville