Entrer dans une nouvelle vie

Dans l’évangile de ce dimanche, dix lépreux viennent à la rencontre de Jésus. Ils se tiennent à distance car c’est ce que prescrit la Loi de Moïse. Ils sont considérés comme « impurs » et mis au ban de la société, exclus de la vie religieuse et sociale. Leur nombre est symbolique puisqu’il représente le nombre de participants nécessaire pour que la prière synagogale puisse avoir lieu. Autrement dit, ces dix lépreux symbolisent le peuple tout entier, l’humanité marquée par la lèpre du péché.

Jésus ne fait aucun geste particulier. Il les envoie trouver les prêtres qui étaient les seuls à pouvoir réintégrer un lépreux dans la communauté après avoir constaté sa guérison. Jésus en appelle seulement à leur foi en sa parole. Et de fait, en cours de route, les lépreux sont guéris.

Un seul revient sur ses pas en glorifiant Dieu, « à pleine voix », insiste Luc. Qui plus est c’est un étranger, un Samaritain, gens avec lesquels les juifs n’ont aucune relation. Il se prosterne devant Jésus, reconnaissant ainsi sa seigneurie divine puisque Dieu seul peut guérir de la lèpre.

« Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé ». C’est ainsi que Jésus atteste que le salut est à l’oeuvre chez cet homme. Le verbe « se relever » est un verbe qui exprime la résurrection. Un nouvel avenir s’ouvre : « va ! » Jésus ne l’a pas sauvé de façon magique, mais c’est la foi de ce Samaritain qui rend possible la réalisation du salut en lui. Une foi qui n’est pas dans l’application de la loi ou dans la confiance en une parole, mais une foi qui s’appuie désormais sur la reconnaissance et l’action de grâce pour ce que Dieu accomplit.

Le seul lépreux qui sort du groupe n’est pas meilleur que les autres. Comme les autres, guéri, il ne sait pas quoi faire, où aller. Mais sa différence vient du fait que pour trouver une direction, il ne tourne pas en rond. Le texte nous dit que voyant ce qu’il est devenu, il revient sur ses pas. Ce qui lui arrive, il prend le temps de le voir, de le reconnaître, de le réaliser. Il ne fonce pas, il ne passe pas tout de suite à autre chose, non, il revient sur ses pas, il prend le temps d’intérioriser le changement. En retournant vers Jésus qu’il ne connaissait que de loin et avec qui, il n’avait eu jusque là aucune conversation en tête à tête, il prend le temps d’approfondir la relation avec celui qui lui a permis de changer.

En re-connaissant ce qui lui est arrivé, cet homme s’appuie sur une valeur solide lui permettant de construire la suite de sa vie.

Le fait qu’il chante à tue-tête nous dit aussi que la reconnaissance, c’est quelque chose de joyeux. Notre homme ne s’extrait pas du groupe par devoir, parce qu’on lui a dit qu’il fallait le faire. Non, notre homme le fait joyeusement, librement, spontanément, peu importe ce que vont penser les autres. Il le fait parce qu’il est plein de confiance envers Jésus qui les a guéri. Si notre homme est libre et joyeux, c’est parce qu’il se sent être regardé avec beaucoup d’amour et de bienveillance par Jésus.

Si dimanche après dimanche, nous nous rassemblons pour célébrer l’eucharistie, c’est pour retrouver ce regard bienveillant de Jésus sur chacune de nos vies. Si nous chantons, si nous louons, c’est justement  pour exprimer notre reconnaissance d’être ainsi regardé et aimé par Dieu. Alors osons tous chanter, de tout cœur, à pleine voix. Et si notre voisin qui chante à tue tête chante faux, qu’importe, ne nous moquons pas ! La reconnaissance qu’il exprime a de la valeur, car en chantant ainsi, lui aussi est peut-être en train de revenir sur ses pas, d’approfondir sa relation avec le Christ, et en chantant ainsi de cultiver une valeur qui lui permet de construire la suite de sa vie.

Christophe CHATILLON
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville