Entre ombre et lumière

La période que nous vivons est parsemée d’ombre et de lumière.

Le week-end dernier nous étions plusieurs centaines à être rassemblés dans différents lieux d’Orléans pour nous mettre à l’écoute de ce que l’Esprit voulait nous dire pour répondre au défi de l’annonce de l’évangile dans notre monde actuel. Tout au long des trois jours, j’ai vu de la joie et de l’enthousiasme dans les yeux et sur les visages masqués de nombreux participants. J’ai entendu des chants, des prières, des bénédictions, des rires, et de beaux témoignages sur cette rencontre personnelle que chacun vit avec le Christ. J’ai été touché par la disponibilité des nombreux bénévoles en tenue de service durant tout le week-end. J’ai senti une Église en mouvement, prête à emprunter des chemins nouveaux, heureuse de célébrer ensemble. Comme beaucoup, dimanche soir, j’avais envie de chanter, de crier, de partager ma joie.

Et puis mardi, la publication du rapport de la CIASE nous a ramené à la dure réalité de la vie de notre Église, et là j’avais envie de me taire. Et j’avais même envie que tout le monde se taise. Que l’on nous laisse juste le temps d’accueillir ce rapport, de nous recueillir en pensant aux victimes, en priant pour elles, et en mesurant le poids, le fardeau, qu’ont été pour elles le silence et l’aveuglement de beaucoup d’entre nous, moi y compris. Nous sommes dans ce temps là : celui de la réception et du recueillement. Demain, celui de la parole et de la réaction viendra, car nous avons tous besoin de mettre des mots sur ce que nous vivons et ressentons : des lieux de parole vont être proposés dans les prochains jours. Puis ensuite viendra le temps de l’action et du changement, le temps de la transformation de nos pratiques, de nos organisations, de nos collaborations, de notre manière de faire Église ensemble.

Un chemin nouveau et nécessaire s’est ouvert : celui de la vérité et de la liberté. Nous sommes tous engagés sur ce chemin et c’est là que le Christ nous rejoint pour poser sur chacun et chacune d’entre nous son regard d’amour. Mettons-nous à son écoute, laissons-nous guider par sa lumière, et avançons avec confiance et espérance !

« Tout est possible à Dieu ! » dit Jésus dans l’évangile de ce dimanche. « Rien n’est impossible à Dieu ! » disait déjà l’ange Gabriel à Marie lors de l’Annonciation. Marie, comme sa cousine Élisabeth, ne pouvait comprendre comment la promesse de Dieu pouvait se réaliser en elle. Dans l’évangile de ce dimanche, les disciples consternés se demandaient qui pouvait être sauvé. À chaque fois, Jésus invite à la confiance. C’est à cette même confiance qu’il nous invite aujourd’hui alors que nous sommes déconcertés et que nous avons du mal à discerner sa volonté à travers tout ce que nous vivons.

Le Seigneur nous entraîne sur un chemin d’itinérance et de confiance. Un appel à plus, à mieux et à plus grand, un appel à aimer. C’est là que naissent les hésitations, les objections, et les peurs. Que va-t-il me demander ? Où veut-il m’emmener ? N’en fais-je déjà pas assez ? Et s’il suffisait tout simplement de tendre la main à Jésus et de nous laisser relever, entraîner, guider par lui. 

Lundi dernier, au lendemain du Congrès Mission et à la veille de la publication du rapport de la CIASE, la liturgie nous invitait à fêter Saint François d’Assise. Une humble et fragile passerelle pour passer de l’ombre à la lumière. Avec ses mots, portons-nous mutuellement dans la prière : “Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix. Là où est la haine, que je mette l’amour. Là où est l’offense, que je mette le pardon. Là où est la discorde, que je mette l’union. Là où est l’erreur, que je mette la vérité. Là où est le doute, que je mette la foi. Là où est le désespoir, que je mette l’espérance. Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière. Là où est la tristesse, que je mette la joie…

Père Christophe Chatillon