Dieu ensemence le monde

Normalement, l’Évangile – c’est à dire Bonne Nouvelle – ne devrait pas annoncer des calamités. Or, une nouvelle fois, en ce premier dimanche de l’Avent, il prédit que « les nations seront affolées, les hommes mourront de peur… ». Pourquoi le monde doit-il passer par des turbulences terrifiantes pour accéder à la joie du face à face avec le Christ ? Et pourquoi « se redresser et relever la tête » au sein même des tempêtes d’origine politique, écologique, pandémique ou ecclésiale ?

Même si nous n’avons pas de réponse à ces « pourquoi », nous entendons la promesse d’alliance. Dans les tragédies, nous ne sommes pas sans le Christ, lui qui a promis « je suis avec vous tous les jours », y compris les jours où le climat est angoissant. Quand, au long de l’Avent, l’Église dit que le Christ vient, elle n’entend pas qu’il va mettre fin à une absence puisqu’il est toujours là ; elle dit qu’il frappe à la porte de notre cœur pour qu’on lui ouvre, qu’on le reconnaisse et qu’on marche en sa présence. L’Église dit que ce face à face peut se réaliser au milieu des tourments. C’est pourquoi l’évangile conclut : « relevez la tête ».

L’évangile annonce l’écroulement de tout. Cela effraie parce que, même si nous sommes mécontents du présent, nous n’aimons pas l’inconnu, d’où les conservatismes qui empêchent toute évolution, et les idéologies qui exploitent les peurs. Mais aurait-on quelque estime pour l’homme qui déplorerait que les structures d’injustice soient abattues ? Et pour l’homme qui voudrait que se maintiennent à jamais les mécanismes de mépris et de violence ? L’Église croit que le Christ ne vient pas replâtrer des fissures, mettre quelques baumes sur les blessures et dire quelques paroles de consolation. Non, quand il sauve, le Christ fait toutes choses nouvelles comme l’aurore qui ne se contente pas d’apporter quelque correctif à la nuit, mais qui renouvelle tout. En parlant du bouleversement du monde, Jésus ne cherche pas à faire peur ; il rappelle que pour accéder à des relations de paix, de justice, il faut accepter que ce qui génère les mépris et les violences soit renversé.

« Je ferai naître un germe ! » dit  Jérémie dans la première lecture de ce dimanche. Pour renouveler le monde, Dieu l’ensemence d’un germe de justice, d’un germe de miséricorde pour ce monde prétentieux, d’un germe de fidélité pour ce monde inconstant, d’un germe d’espérance pour ce monde aveuglé par les difficultés du présent, d’un germe de justesse qui va enseigner la position juste devant Dieu. Le salut du monde est donc une affaire de germination lente.

Durant le temps de l’Avent, l’espérance des chrétiens est marquée par la joie de l’attente de Celui qui va venir, qui va nous surprendre. Il n’est pas là où nous l’avions imaginé : dans un palais, riche et important… Il sera découvert chez les pauvres, par les pauvres ! Sommes-nous bien conscients de ce que cela signifie : nous débarrasser de nos certitudes ? L’Avent nous est donné pour réveiller notre attente, notre soif de Dieu.

Belle marche en Avent !

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville