À nouveau le pardon

Qu’elle est longue, la litanie des pécheurs pardonnés et réintégrés dans leur dignité, et même promus à des dignités supérieures ! Citons, dans le désordre : saint Pierre, qui avait renié et qui a été établi à la tête du groupe des apôtres ; saint Paul, le persécuteur, envoyé ensuite comme messager de l’évangile jusqu’à Rome ; Matthieu, un publicain, appelé comme apôtre et évangéliste ; Zachée, un autre publicain, chez qui Jésus s’est lui-même invité ; la femme qui avait pleuré aux pieds de Jésus et celle dont nous parle l’évangile de ce dimanche, sans oublier le larron au Golgotha.

Ajoutons-y le pécheur le plus célèbre d’avant la venue de Jésus, le roi David lui-même ; la tradition lui a appliqué les paroles du Psaume 50, proposé au début de notre marche vers Pâques, le Mercredi des Cendres : « Crée en moi un cœur pur, ô mon Dieu, renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit, rends-moi la joie d’être sauvé ». Le mot à retenir aujourd’hui dans cette prière, c’est « renouvelle-moi », c’est-à-dire : refais-moi à neuf.

C’est bien ce que Jésus réalise pour cette femme prise en flagrant délit et que les juges du peuple lui amènent, pour qu’il la condamne. Mais après la réponse de Jésus, ces juges n’insistent pas, et Jésus peut prononcer la parole libératrice : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus ». Voilà, la page est tournée, une nouvelle page, toute blanche, s’ouvre pour un avenir autrement prometteur que celui de la condamnation à mort ! La femme pardonnée peut refaire sa vie à neuf.

Le même message est répété depuis trois dimanches, avec des variantes qui correspondent à la diversité de nos chutes, de nos infidélités et de nos fautes. Dieu prend successivement le visage du jardinier patient, qui redonne à un arbre dépéri les conditions d’une bonne reprise, le visage du père courant à la rencontre du fils revenu à lui, et, aujourd’hui, en Jésus, le visage d’un défenseur chargé de la réinsertion.

Pour signifier cette réintégration, Jésus écrit sur le sable, le vent en balayera bien vite les traces. Ce n’est plus comme au temps de Moïse, où la loi et les condamnations à mort étaient inscrites sur la pierre. Entre-temps Dieu avait demandé à ses fidèles d’inscrire sa Parole dans leur cœur et leur esprit, pour les renouveler chaque jour.

L’apôtre Paul l’avait bien compris et il s’est prêté à ce renouvellement. Il avait tourné la page, et il l’expliquait ainsi : « Oubliant ce qui est en arrière, et lancé vers l’avant, je cours vers le but auquel Dieu nous appelle dans le Christ Jésus ». Il a été refait à neuf, en se laissant totalement envahir par le Christ. Il pouvait en témoigner : « À cause de lui, j’ai tout perdu, mais en gagnant ce bien qui dépasse tout : la connaissance du Christ Jésus, mon Seigneur ».

Le pardon du Christ est comme un nouveau baptême. Certes, il ne réitère pas l’adoption divine, que Dieu ne nous retirera jamais, mais il nous refait à neuf, pour une nouvelle vie.

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville