Place Royale

Dialogue de sourds… c’est l’impression qui domine à l’écoute de l’évangile que la liturgie nous propose de méditer en ce dernier dimanche de l’année liturgique où nous fêtons le Christ, Roi de l’univers. Les questions posées à Jésus par Pilate concernant sa royauté montrent à souhait sa grande perplexité face à la réputation, à l’attitude et aux réponses énigmatiques de Jésus. Pouvait-il en être autrement ?

Jésus, ce « roi des juifs », tourne Pilate en bourrique avec de curieuses réponses du genre « Je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité ». Les paroles de Jésus n’ont pas dû beaucoup éclairer notre cher Ponce Pilate quant à l’attitude à adopter. On comprend aisément qu’il en ait perdu son latin et qu’il ait choisi de s’en laver les mains. De toute évidence, le mot « roi » n’a pas pour eux la même signification. Pour Jésus, ce mot n’a rien de politique. Il évoque un royaume « qui n’est pas d’ici ». Les mots sont souvent trop courts pour révéler au monde la réalité de Dieu. Jésus est roi parce que sa mission est de rassembler, d’unir, de conduire, de libérer, de défendre, de protéger, mais comment pourrait-il être véritablement roi alors qu’il est démuni, humilié et qu’il va être condamné ? Comment ce roi si pitoyable devant Pilate peut-il proposer à tous les hommes une voie de liberté, d’amour et la vie éternelle ?

Et pour nous ? Que Le Christ soit qualifié de roi n’est-ce pas encore aujourd’hui un peu dérangeant ? Le Christ ne devrait-il pas être débarrassé de ce qualificatif un peu encombrant ? Pourtant, inlassablement, l’évangile continue à nous parler de règne et de Royaume. À aucun moment, en parcourant les évangiles, il ne nous est donné une définition du règne de Dieu. Il s’agit plutôt d’un dévoilement, d’une révélation, par analogies, par comparaisons… Et on pressent que ce royaume, ce règne de Dieu, on l’expérimente davantage qu’on ne le définit. Pour comprendre de quoi il s’agit il nous faut observer, dit Jésus, les réalités de la terre, comme le grain de sénevé ou le levain dans la pâte. La venue du « règne de Dieu » est mystérieuse et ne peut se décrire que par des images.

Es-tu le roi des juifs ? demande Pilate. Es-tu roi selon nos vues et nos critères ? Nous connaissons la réponse… Ne faut-il pas entrer dans l’humble cheminement des apôtres, dans celui des foules qui suivirent Jésus, pour découvrir le véritable sens des paroles de Jésus ? Les armes que Jésus utilise pour défendre sa royauté ont pour nom la bienveillance, le regard qui réconforte, la parole qui guérit, la main tendue qui sauve, l’agenouillement qui permet à l’autre de se relever et de tenir debout. Oui, Jésus est roi. Son pouvoir est celui de l’amour. Et nous le croyons, son règne n’aura pas de fin.

Christophe Chatillon
Curé de la paroisse Orléans Coeur de Ville