Méditations semaine sainte et temps pascal

Méditations du Père Christophe Chatillon durant la semaine sainte et le temps pascal

Quatrième dimanche de Pâques

Dans l’évangile de ce dimanche, Jésus nous dit : “Moi, je suis la porte. Si quelqu’un entre en passant par moi, il sera sauvé” (Jn 10,9). La porte a une double fonction : fermée, elle protège des voleurs, des bandits, des gens de l’extérieur, et même des virus ; mais elle ne peut pas toujours être fermée, sinon la maison devient une prison. Le confinement a ses limites. Ouverte, elle permet d’aller vers le monde, vers les autres et ce qu’ils vivent comme joies ou peines ! Quand Jésus dit “je suis la porte”, il s’identifie aux deux fonctions de la porte : Il nous protège des faux guides, des faux dieux que peuvent être le confort, l’argent, le chacun pour soi… Mais il est aussi celui qui nous ouvre à la vraie vie qui est ouverture aux autres. N’est-il pas celui qui nous aide à passer, à aller vers les petits, les laissés-pour-compte, ceux qui sont en recherche d’un sens à leur vie, tout spécialement en cette période d’inquiétude, en attente de transformation ? Il nous invite à sortir de cette tendance à nous enfermer dans des petits clubs de gens qui pensent et agissent tous de la même manière, sans ouverture aux préoccupations des autres. Il y a une relation de proximité qui unit le berger (le Christ) et ses brebis (chacun de nous), il les connaît, il les fait sortir, il les conduit. A leur tour, les brebis le suivent parce qu’elles connaissent sa voix. Il y a donc une reconnaissance réciproque entre le berger et son troupeau. Que cela puisse rejaillir sur nos comportements : dans l’élan de tout ce qui se vit en cette période de confinement, demandons au Christ qui nous connaît par notre nom, de ne jamais considérer les autres comme des anonymes, que nos paroles et nos gestes soient, comme pour lui, des paroles et des gestes qui réunissent, qui rassemblent et qui portent vie.


Troisième dimanche de Pâques

Cléophas, et l’autre disciple, rentre de Jérusalem à Emmaüs où il vit. Comme tous les bons juifs, il était allé en pèlerinage au Temple pour la fête de la Pâque. A coup sûr, il avait cherché à voir ce prophète qui faisait courir les foules, celui dont on causait dans tous les troquets de la ville et dont le nom était sur toutes les lèvres en ce printemps de l’an 33 : Jésus de Nazareth. Cléophas n’est pas un être exceptionnel, il ne fait pas partie de la bande des Douze. Il est un personnage ordinaire que Luc introduit au dernier chapitre de son Evangile comme pour nous dire : “Cléophas, c’est toi, c’est moi, c’est nous !”. Luc nomme Cléophas mais laisse l’autre disciple dans l’anonymat. Chacun de nous peut donc trouver sa place aux côtés de Cléophas sur la route d’Emmaüs. Nous qui sommes nés au XXème siècle, nous ne pouvons pas marcher physiquement avec Jésus. Mais marcher avec le Ressuscité, comme Cléophas, nous le pouvons. Connu ou mal connu, reconnu ou inconnu, Christ est notre compagnon de route, Il marche avec nous, le reconnaîtrons-nous ?


Dimanche de la Divine Miséricorde

Thomas est l’un des Douze. Ses copains l’ont surnommé le Didyme, ce qui signifie le Jumeau. Peut-être Thomas faisait-il tout comme Jésus ? Il parlait comme Jésus, il marchait comme Jésus, il mangeait et buvait comme Jésus, il priait comme Jésus… Si Thomas était ainsi profondément attaché à Jésus, on comprend le choc de la séparation. La mort de son ami l’atteint au plus profond de lui. Elle est déchirure, arrachement, blessure à vif. Thomas quitte la bande des copains, il s’isole et s’enferme pour pleurer l’ami qu’il vient de perdre. Ce n’est pas chez lui un manque de foi comme on le dit parfois. Au contraire, il reste si attaché à Jésus qu’il souffre de la souffrance de celui qu’il aime. Aucun témoignage, aucune parole ne peut plus le toucher. Après avoir ouvert les verrous de la peur des autres disciples, Jésus ouvre le verrou de la souffrance de Thomas. C’est en contemplant les plaies du Christ que Thomas ose croire. Sa foi ne gomme pas la souffrance comme par un coup de baguette magique. C’est au coeur même de sa révolte qu’il croit. Etre comme Thomas, c’est d’abord souffrir avec celui qu’on aime et pleurer avec celui qui pleure.


Pâques

Aujourd’hui, dans notre monde marqué par une terrible pandémie, beaucoup peuvent être tentés de ne voir que le tombeau vide et de se dire que Dieu est définitivement absent. Face au découragement ou au désespoir qui pourraient naître dans le coeur de certains, les chrétiens veulent réaffirmer que la mort, la haine et les ténèbres n’auront jamais le dernier mot. Pâques, c’est la victoire de la vie, la victoire de l’amour et de la lumière. L’espérance est là ! Et il ne s’agit pas d’un slogan électoral, c’est une réalité. Le Christ est ressuscité, il est vivant, et là est notre espérance !

Ressuscito (Pâques 2017)

Vendredi saint

Nous étions là Seigneur dimanche pour t’acclamer lors de ton entrée à Jérusalem. Certains parmi nous avions du buis, du laurier, ou une branche d’olivier dans la main, d’autres simplement une banderole à notre fenêtre à cause du confinement. Certains étions seuls, d’autres en couple ou en famille, tous nous avons chanté notre joie, une joie pleine d’espérance, en t’acclamant « Hosanna au plus haut des cieux ! » Mais où étions-nous quand tu nous alertais que notre monde courait à sa perte, qu’il allait trop vite, que nous ne prenions pas soin de notre planète, que nous n’étions pas suffisamment attentifs les uns aux autres, que l’argent n’achetait pas tout, surtout le bonheur ? Où étions-nous quand tu nous invitais à nous arrêter pour te rencontrer et nous rencontrer, pour t’écouter et nous écouter ? Quand tu nous demandais de respecter la vie dans toutes ses composantes, de son début à son terme ? De prendre soin de nos familles, de nos jeunes, de nos aînés ? D’avoir une attention particulière pour les plus fragiles d’entre nous, pour nos frères et sœurs venus d’ailleurs ? Où étions-nous quand tu nous appelais à plus de charité, de fraternité, de justice et de solidarité ? Quand des mots comme service, humilité, pardon et miséricorde balisaient le chemin que tu nous proposais d’emprunter avec toi ? Trop longtemps, nous sommes restés sourds à tes appels. Pris dans le tournis et le bruit de la foule, où se mêlent individualisme et indifférence, course au profit et à la réussite, nous ne t’avons pas entendu, nous t’avons tourné le dos, nous t’avons laissé condamner comme un vulgaire malfaiteur…


Jeudi saint

L’amour et le service donnent du sens à notre vie et la rendent belle, car nous savons pour quoi et pour qui nous nous y engageons. C’est au nom du Christ qui nous a aimés et servis le premier.


Dimanche des Rameaux

Nous entrons ce matin dans notre quatrième semaine de confinement et en même temps dans la Semaine Sainte, la dernière et grande semaine de Jésus sur la terre. La liturgie d’hier nous a fait vivre des émotions pour le moins contrastées : de la joie devant le Christ triomphant à Jérusalem au profond désarroi devant sa passion et sa mort en croix. Pendant 40 jours, nous nous sommes préparés à la plus grande fête chrétienne qu’est Pâques, fête de la résurrection du Seigneur Jésus : c’est le cœur de notre foi ! Depuis trois semaines, notre préparation a été bouleversée, nos repères ont été chamboulés, beaucoup de nos certitudes se sont effondrées, et nous faisons l’expérience de notre fragilité. Que les saints jours qui viennent, et que nous allons vivre douloureusement, activent en nous une recherche incessante de sens, car, au terme de cette recherche, se trouve le Ressuscité vivant au milieu de nous. Bien que confinés, prenons la route de l’espérance ! Bon confinement et belle semaine sainte à tous !