Voir Jésus

Dans huit jours nous entrerons dans la grande semaine sainte. La liturgie nous invite à nous rendre proches de Jésus dont l’Heure approche, celle où il sera élevé de terre pour attirer à lui tous les hommes, mais aussi à rejoindre tous les souffrants d’aujourd’hui. Le temps de la passion approche. L’année liturgique ralentit son rythme et nous fera vivre, jour après jour, l’itinéraire final si dramatique de Jésus. Il nous en livre le sens en ce 5ème dimanche de carême : le grain de blé tombé en terre va mourir, mais ce sera pour donner un fruit surabondant. 

Comme les Grecs de l’évangile de ce jour, ne nous arrive-t-il pas de vouloir voir Jésus ? Il nous répond comme à Philippe que, pour le voir, il faut mourir à soi-même et le suivre là où il nous entraine. Il s’agit de donner sa vie avec lui et pour lui. “Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive : et là où moi je suis sera mon serviteur”. Bientôt, au cours de la Cène, il nous dira : “je ne vous appelle plus mes serviteurs, mais mes amis”. Amis de Jésus, nous ne pouvons pas rester indifférents à sa souffrance. Puisque nous sommes disciples de Jésus et ses amis, accueillons son amour et aimons-le en le rejoignant pour le suivre et demeurer avec lui. Accompagnons-le durant ce temps de la passion et plus intensément encore au cours de la sainte semaine toute proche. 

Mais comment rejoindre le Christ souffrant ? D’abord par notre participation à la prière liturgique de l’Église qui guidera, alimentera notre oraison quotidienne et nous permettra, dans la méditation de l’Écriture, de compatir aux souffrances du Seigneur. N’est-ce pas l’invitation qu’il fit aux apôtres, de veiller et de prier avec lui au moment de l’agonie ? Peut-être cette intimité atteindra-t-elle nos propres détresses et blessures. Peut-être Jésus nous fera-t-il la grâce de comprendre que, s’il est passé par la passion et par la mort qui le conduisent à la résurrection, c’est aussi dans le but d’habiter nos propres fragilités et nos peines, afin de les porter avec nous et de nous rendre victorieux avec lui en leur faisant porter du fruit. 

Mais accompagner Jésus en ces jours, c’est encore le rejoindre en celles et ceux auxquels il s’identifie. Ce sont tant de personnes proches ou lointaines qui vivent une souffrance qui peut revêtir tant de formes diverses et dramatiques. Demandons-nous de qui nous pourrions nous faire davantage le prochain compatissant et agissant. L’Heure de Jésus est donc arrivée où sa gloire, c’est-à-dire son amour pour nous, est manifestée. Il est élevé de terre sur le bois de la croix d’où il veut attirer à lui tous les hommes. En ces jours de sa Passion, resterons-nous indifférents ou nous laisserons-nous toucher par tant d’amour ?

Père Christophe Chatillon