Un peuple immense

Dans la grisaille de l’automne, alors que l’emprise de la nuit s’étend de plus en plus tôt – nuit de l’inquiétude et de l’incertitude liées à un nouveau confinement, nuit de la tristesse et de l’horreur face aux attentats – le message de la Toussaint vient tout illuminer, jusqu’à raviver les modestes flammes déposées sur les tombes. Est-il possible de dire ou d’écrire quelque chose de nouveau à partir de ce passage du sermon sur la montagne « les Béatitudes » ? Il est tellement connu. Renouvelons notre regard sur ce récit et découvrons comment il peut nous aider à grandir en sainteté. 

Rappelons-nous que nous faisons partie d’un peuple immense, un peuple qui vient de loin et qui a une longue histoire faite de belles réalisations, mais aussi de dures épreuves, de crimes et d’assassinats, de jalousies, de guerres fratricides et de réconciliations difficiles et toujours fragiles, de belles histoires d’amour, mais aussi d’incestes voire de viols. C’est bien cela qui fait ce peuple de Dieu auquel nous appartenons. 

Il a fallu beaucoup de temps, beaucoup de prophètes pour que ce peuple devienne un peu plus le peuple de l’Alliance. Il a fallu que Jésus lui-même s’incarne, devienne l’un de nous, qu’il prenne sur lui toutes nos misères, nos faiblesses, nos péchés pour que nous entrions dans une ère nouvelle, un monde nouveau, celui des pécheurs pardonnés et sauvés. 

Au cœur de cette longue histoire, il y eut un homme, l’envoyé du Père, le Fils bien-aimé, celui qui avait toute la faveur de son Père. Il livra sa vie pour que ce monde soit sauvé, pour que tous les hommes puissent entrer dans ce monde nouveau et devenir les héritiers de ce Royaume et œuvrent à l’édification de son Corps !

Cette longue histoire du peuple de Dieu déborde de saints et de saintes qui ont répondu à l’appel du Seigneur. Ils ont mis leurs charismes au service de leurs frères, parfois et même souvent au péril de leur vie, pour que triomphent la paix, la douceur, la pureté de vie, la tendresse et la miséricorde. Il y a ceux qui sont connus et il y a aussi tous ceux qui sont restés dans l’anonymat aux yeux des hommes, mais Bienheureux pour toujours aux yeux de Dieu le Père. Tous les jours, nous côtoyons de ces Bienheureux qui font le monde plus beau, qui rendent les relations humaines plus paisibles, qui partagent leur savoir, leur souci des plus faibles et des personnes rejetées. À leur place, humblement, sans le crier sur tous les toits, ils viennent dire que la solidarité est possible, que la paix est possible par delà nos luttes fratricides et qu’elle demande du courage et de la ténacité de la part de chacun, une paix à vivre au jour le jour dans nos familles, nos quartiers, nos associations. 

Nous sommes tous les Bienheureux que le Seigneur aime. Nous ne serons sans doute jamais canonisés, mais cette appellation est bien réservée à tous ceux qui essaient de mettre leurs pas dans ceux de Jésus ressuscité pour le bonheur de leurs frères. 

Alors, devenons ces Bienheureux dont le monde a tant besoin !

Père Christophe Chatillon