Un antidote à la morosité (suite)

La liturgie de ce 3ème dimanche de l’Avent est parcourue par un fil d’or : celui de la joie. Un fil ténu, mais qui éclaire d’un discret éclat la nuit de notre monde en cette période de pandémie. Nous le voyons, la joie ne provient pas d’abord du pouvoir d’achat. Elle ne se rencontre guère dans les pays parvenus à un haut niveau de vie et parmi les populations aisées. Ce serait même l’inverse : des pauvres rayonnent de joie alors que beaucoup d’autres, richement comblés, ne la trouvent pas. Qu’est-elle donc ?

Selon l’opinion courante, la joie serait le sentiment d’être rassasié, d’être en possession de ce que l’on convoitait. Dès qu’on peut se procurer et jouir de ce que l’on souhaite, on ressent du plaisir. Mais, nous l’avons déjà tous remarqué, ce plaisir est éphémère et nous laisse foncièrement insatisfaits. Là ne réside pas la joie. La joie véritable vient de la rencontre de l’Autre, des autres.

En cette année si particulière, nous ne pourrons pas entrer dans la joie de Noël sans passer par une certaine expérience de renoncement, à l’école de Jean Baptiste. Lui, qui se tient en marge de tout système de consommation, qui puise sa joie ailleurs que dans ce qui nous complique souvent l’existence, et qui se présente comme une simple voix qui crie dans le désert.

A Bethléem, Dieu arrive comme un pauvre et il nous faudra un cœur de pauvre pour nous réjouir avec Marie, Joseph et les bergers. Nous cherchions peut-être Dieu dans la santé, la réussite professionnelle, l’amitié ou le bonheur de vivre, et bien sûr, heureusement, Il est là ! Mais quand viennent la maladie et la fragilité, l’épreuve professionnelle ou familiale, la pauvreté sous toutes ses formes, il y est encore. Même au sein de l’épreuve, comme celle que nous vivons actuellement, et qui va peut-être nous tenir éloignés de ceux que nous aimons durant les fêtes, nous pouvons accueillir la joie parfaite et la paix.

Jésus, toujours présent, est la source de la seule joie que personne ne pourra nous ravir, celle du Magnificat des pauvres chanté par Marie, celle de cet émouvant Jean Baptiste heureux de n’être que le témoin de la lumière. Tel est le fil que je vous souhaite de voir traverser la trame de vos vies : un nouvel antidote à la morosité ambiante.

Père Christophe Chatillon