Réjouissez-vous !

Depuis le mercredi des Cendres, à l’appel du Seigneur, nous nous sommes engagés dans la voie de la conversion par le chemin de la prière, du jeûne et du partage. Il se peut que nous en soyons déjà fatigués ou déçus si nous nous sommes mis en route comme pour relever un défi sportif ou mettre en valeur nos capacités et notre volonté. La conversion ne se mérite pas, elle est don de Dieu à accueillir et à mettre en œuvre. 

La liturgie de ce dimanche fait apparaître le carême sous l’angle de la joie. Avec les paroles d’Isaïe elle nous y invite : « Laetare, réjouissez-vous ! » Et quelle est la cause de cette joie sinon ces paroles bouleversantes : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui obtienne la vie éternelle ». L’Apôtre Paul, au sommet de sa maturité spirituelle l’exprimait à sa manière : « Dieu est riche en miséricorde et il nous a donné la vie avec le Christ ». Voilà des affirmations qui devraient nous toucher au cœur, nous réjouir et nous motiver. Elles nous incitent à approfondir notre prière intime à la rencontre du Dieu de tendresse. Elles peuvent susciter un jeûne qui nous libère de l’esclavage des idoles que nous nous donnons. Elles font naître à la joie de la fraternité sans frontières et du partage solidaire de ce que nous sommes et de ce que nous possédons.

Pour la montée vers Pâques nous suivons un premier de cordée qui nous entraîne, Jésus lui-même. Il a balisé le chemin en actes et en paroles. Dimanche dernier, c’était en actes, par un geste significatif : il avait purifié le temple ; c’était pour annoncer qu’il est, lui, le nouveau temple. Ce dimanche, il évoque un événement salutaire du temps de l’Exode, pour se l’approprier et en montrer la réalisation définitive dans sa Pâque : il s’agit du serpent d’airain, élevé par Moïse dans le désert, comme protection et guérison. Certes, l’épisode est bien étrange pour nos mentalités et nous peinons à l’expliquer. Mais le principal message de ce récit se projette sur la croix du Christ : nous sommes horrifiés par la cruauté de ce supplice, mais Jésus nous fait découvrir qu’en l’assumant il en a fait un chemin de résurrection.

Ce quatrième dimanche de carême nous invite à la joie, non pas une joie éphémère de plaisirs faciles, mais la joie forte et sereine de celui qui se sait aimé. La croix du Seigneur est le signe de son amour inlassable et du salut qu’il apporte au monde. Tournons-nous vers elle avec confiance et préparons-nous à accueillir la grâce de la réconciliation et du renouveau.

Père Christophe Chatillon