Parle, Seigneur, ton serviteur écoute

Beaucoup cherchent Dieu, mais prennent, sans le vouloir, la route opposée à celle qui mène vers lui : comme des techniciens qui construisent, ils assemblent des matériaux, tracent des plans, vérifient si cela tient ou non. C’est ainsi qu’on fabrique une fusée extraordinairement perfectionnée, qu’on expédie en plein ciel… Mais quand il s’agit de la recherche de Dieu, une telle attitude échoue toujours. La vraie recherche de Dieu est, au contraire, beaucoup plus semblable à l’attitude d’un homme qui, après s’être assis, écoute. Et c’est logique, car Dieu, en définitive, n’est pas quelque chose à bâtir ou à faire, il est quelqu’un à recevoir. Et quand on reçoit quelqu’un, on commence par s’asseoir et écouter.

S’asseoir, écouter, ce n’est ni une démission ni une paresse. Il en est toujours ainsi quand nous voulons nous laisser imprégner par une vérité trop grande pour nous. Pour savoir le secret d’un ami, je n’ai qu’un moyen, c’est de l’écouter, surtout quand je devine que cet ami a des choses graves à dire et que je les ignore. Si, au contraire, je parle tout le temps, je ne connaîtrai jamais le secret intime de mon ami, même si mes paroles ne tournent qu’autour de son secret. Si nous voulons que le Christ nous révèle son Cœur et tous les trésors d’amour qu’il contient, il nous faut rester avec Lui dans la prière un temps suffisant, sans quoi notre foi risque d’être un simple verni culturel qui ne tiendra pas devant le déchaînement des flots. Quand on prend sa voiture en hiver pour un déplacement de quelques minutes, le chauffage n’a pas grande utilité. Il faut que le déplacement dure un minimum de temps pour goûter les bienfaits du chauffage. Ainsi en est-il de la prière.

C’est ce que nous dit l’épisode du petit Samuel : Samuel est invité à entrer dans le dialogue avec Dieu. Mais au début, il préfère s’appuyer sur un homme, le prêtre Eli, « parce qu’il ne connait pas encore le Seigneur ». Ce n’est que lorsqu’il se tourne résolument vers Dieu, se mettant à son écoute, comme l’y invite le prêtre, qu’il commence à le connaître et à grandir dans sa connaissance, afin d’être ce qu’il doit être en vérité : le grand prophète Samuel. Plus nous sommes avec Lui, particulièrement dans la prière et les sacrements, plus Il est avec nous ; plus nous demeurons en Lui, plus Il demeure en nous. 

Heureux celui qui se met à l’écoute ; heureux celui qui veut croire que sa vie ne prendra tout son sens que s’il entre en relation avec les autres. Parle, Seigneur, ton serviteur écoute ! Heureux celui qui cherche ; heureux encore celui qui s’ouvre à l’inconnu, au mystère. Samuel n’était encore qu’un enfant quand le Seigneur l’appela. Comment aurait-il pu, à son âge, se rendre compte que cet appel venait de Dieu ? Mais Dieu s’est fait insistant. Et Samuel lui répondit : Me voici ! Il a grandi avec le Seigneur et ne laissa aucune de ses paroles sans effet. 

Le vrai problème n’est pas de « chercher Dieu » ; le vrai problème est de se mettre dans des dispositions telles qu’on puisse espérer le trouver sans avoir même, pour ainsi dire, à le chercher. Il faut accepter que ces dispositions mêmes ne puissent venir que de lui. Car c’est lui qui nous cherche et qui, à son heure, se manifestera à nous… Nous croyons quelquefois chercher Dieu. Mais c’est toujours Dieu qui nous cherche, et souvent il se fait trouver par qui ne le cherchait pas. 

Seigneur, tu nous appelles à devenir tes disciples. Ouvre nos cœurs à l’écoute de ta Parole et fais de nous des porteurs de ta bonne nouvelle.

Père Christophe Chatillon