Dieu nous rend visite

“Le christianisme m’émerveille. Cette idée selon laquelle Dieu se fait homme est tellement grande et époustouflante, unique, que l’homme n’a pas pu la trouver tout seul !” Cette pensée de Jean d’Ormesson dit bien l’originalité de la foi chrétienne et de la fête de Noël. Il ajoute en effet : “Il faut être Dieu pour imaginer l’incarnation, un Dieu qui vient vivre, respirer, aimer, souffrir au cœur de nos faiblesses humaines”.

Il répond là, de manière indirecte, à une question que posent les illuminations, la course aux cadeaux, le commerce… mais aussi les opérations de solidarité, le souci de retrouvailles avec la famille ou les amis, même si celles-ci sont limitées actuellement, une sorte de vague de tendresse qui touche notre société chaque année à la même époque : qu’est-ce qui fait le succès de Noël ? Pourquoi un tel rayonnement, alors qu’il semble bien difficile de faire une place à Dieu dans notre monde occidental ? Ce n’est pas nouveau. Matthieu et Luc nous disent qu’il n’y avait pas de place pour lui à l’hôtellerie, et Jean renchérit : “il est venu chez lui et les siens ne l’ont pas reçu”.

Il me semble qu’au-delà des divergences d’opinion et de religion, cette fête appelle à considérer la valeur unique de chaque être humain. Si les hommes ont tant de difficulté à faire place à Dieu, Lui a choisi de faire toute la place à l’homme. Dieu a voulu transmettre le plus profond de son être à travers une vie humaine. “Dieu nous rend visite, mais la plupart du temps nous ne sommes pas chez nous”, disait Maître Eckart. Être “chez nous”, c’est en bonne partie le défi de cette fête de Noël.

Si Marie se trouve au centre de la liturgie de ce quatrième dimanche de l’avent, ce n’est pas pour attirer l’attention sur sa personne, mais pour nous appeler à reproduire quelque chose de ce qu’elle a vécu quand elle était dans l’attente du Messie : une confiance, une patience, une disponibilité, tout ce qui lui a permis d’être “l’humble servante du Seigneur” dont le consentement dans “l’obéissance de la foi” a permis que “Dieu se fasse homme pour que l’homme devienne dieu” (saint Athanase).

Avoir la foi, ce n’est pas simplement “croire que Dieu existe”, c’est accepter de se laisser bousculer par lui. C’est consentir à mettre ses projets personnels en sommeil afin de faire de la place aux siens. “Comment cela va-t-il se faire ?” demande Marie. Dans notre vie également, des chemins nous semblent impossibles, des situations paraissent inextricables. Dieu nous rejoint dans notre humanité et dans la complexité des événements qui émaillent notre vie, comme c’est le cas ces derniers mois. Dieu nous rend visite. Restons chez nous !

Père Christophe Chatillon