Aussitôt !

Nous connaissons tous, dans nos galeries marchandes ou centres commerciaux, les enseignes ‘clef-minute’, ‘talon-minute’ et autres qui nous assurent le service dont nous avons besoin dans l’urgence. La liturgie de ce dimanche nous présente des ‘conversions-minute’ en réponse à des urgences spirituelles.

À Ninive, la grande ville païenne, “dont la perversité est montée jusqu’aux cieux” (Jonas 1, 2), Jonas a, pendant une journée à peine, prêché la conversion face à la menace du châtiment divin, que déjà, toute la ville, sans attendre la fin du délai de grâce de 40 jours, jeûne et fait pénitence, bien aidée par l’ordre du roi (Jonas 3, 7) qui impose à tout être vivant, homme ou animal, jeûne intégral et pénitence sur la cendre et en vêtements de deuil. Remarquable rapidité de réaction et non moins remarquable unanimité dans la démarche de repentir-conversion, face à la menace de sanction divine.

Au bord du lac, ce n’est pas une parole de menace, mais l’annonce de la Bonne Nouvelle de Dieu qui doit entraîner le même retournement chez ceux qui entendent l’appel lancé par le jeune prophète de Galilée : “Venez derrière moi”. “Aussitôt” Simon et André, puis plus loin Jacques et Jean “laissant tout – filets, barques et famille – partirent derrière lui”. La même rapidité de réaction et la même unanimité dans la réponse à l’appel. On est manifestement dans l’urgence, urgence d’appeler, car “le royaume de Dieu est proche” et urgence de répondre pour devenir “pêcheurs d’hommes”.

Ce lundi 25 janvier, nous fêterons la ‘conversion-minute’ de Saul sur la route de Damas. Après trois jours de jeûne, le persécuteur aveugle est baptisé par Ananias et devient le prédicateur flamboyant de la mission évangélique (Ac 9, 1-19). Il y avait urgence pour Paul et pour le monde.

Qu’ont-ils en commun, ces hommes aux profils si variés ? En fin de compte, malgré beaucoup de tergiversations pour certains d’entre eux, une même obéissance à la parole de Dieu. Ce n’est sûrement pas une obéissance servile pour Jonas, le rebelle. Il doit abandonner son idée de la mission. Il était sûr que les païens ne pourraient pas accepter le message du Dieu des Juifs, et voilà qu’ils se convertissent ! Les pêcheurs de Galilée vont quitter la sécurité relative de leur entreprise, laisser leurs filets, leur barque et leur père pour suivre Jésus et devenir pêcheurs d’hommes. Saul sera aveuglé sur le chemin de Damas et il lui faudra trois jours pour y voir clair et accepter le baptême d’un disciple du Christ qu’il venait poursuivre en justice…

En ce dimanche de la Parole de Dieu, reconnaissons qu’il n’est pas rare et qu’il est même fréquent que la parole du Seigneur contrarie nos projets. En effet, comme Jonas, Paul, Pierre et les autres, ce n’est pas notre idée qui prime, ce n’est pas nous qui fabriquons le programme de la mission. Nous n’avons pas à précéder l’appel du Seigneur, nous avons à le suivre. Maintenant !

Père Christophe Chatillon