En chemin…

Cléophas, et l’autre disciple, rentre de Jérusalem à Emmaüs où il vit. Comme tous les bons juifs, il était allé en pèlerinage au Temple pour la fête de la Pâque. A coup sûr, il avait cherché à voir ce prophète qui faisait courir les foules, celui dont on causait dans tous les troquets de la ville et dont le nom était sur toutes les lèvres en ce printemps de l’an 33 : Jésus de Nazareth.
Cléophas n’est pas un être exceptionnel, il ne fait pas partie de la bande des Douze. Il est un personnage ordinaire que Luc introduit au dernier chapitre de son Evangile comme pour nous dire : “Cléophas, c’est toi, c’est moi, c’est nous !”. Luc nomme Cléophas mais laisse l’autre disciple dans l’anonymat. Chacun de nous peut donc trouver sa place aux côtés de Cléophas sur la route d’Emmaüs. Nous qui sommes nés au XXème siècle, nous ne pouvons pas marcher physiquement avec Jésus. Mais marcher avec le Ressuscité, comme Cléophas, nous le pouvons. Connu ou mal connu, reconnu ou inconnu, Christ est notre compagnon de route, Il marche avec nous, le reconnaîtrons-nous ?
Ce soir-là, Cléophas broie du noir. Il rentre chez lui fatigué, abattu, affligé, pas bien dans sa peau, la tête remplie de souvenirs qui tantôt lui soulèvent le coeur, tantôt rendent sa marche lourde et pesante, tristes souvenirs d’espoirs déçus. Comme un aveugle, il ne voit plus clair dans sa vie, meurtri par l’épreuve du vide, de l’absence, d’une histoire qui n’a plus de sens. Il avait tant espéré de cette rencontre avec cet homme qui touchait les coeurs et passionnait les foules.
C’est alors qu’un inconnu vient les rejoindre sur la route. Cléophas et son copain racontent. Ils se racontent. Ils confient leur histoire et partagent leur espoir. Et soudain, c’est le déclic… Ils le reconnurent. Le livre s’est ouvert. Ils ont lu et relu le livre de leur vie, guidés par l’inconnu qui marchait avec eux. Ils ont compris, ils voient, ils croient, ils marchent, ils courent, ils volent et c’est la joie, la joie de Pâques.
Comment les deux disciples l’ont-ils reconnu ? Le Christ s’est donné à voir dans le partage du pain. Les compagnons sont ceux qui mangent le même pain. Le Christ est compagnon de tout homme. Marchant avec nous sur le chemin, il est là au coeur de nos vies et mange le pain blanc ou noir de notre quotidien. Comme en cadeau il se donne et nous donne de le reconnaître. Notre coeur sera-t-il brûlant de sa parole et de sa présence ? L’accueillerons-nous comme compagnon de nos routes ?

Père Christophe Chatillon